L'HISTOIRE DE L'EGLISE SAINT JOSEPH DES
CARMES
C’est en 1611 que s’installent ici les premiers
Carmes déchaussés arrivant en France. L’église, la première
dédiée à Saint-Joseph à Paris, est consacrée
le 21 décembre 1625. 3 évêques, 149 prêtres, diacres
et religieux et 8 laïcs ont été enfermés dans la
nef par les révolutionnaires du 11 août au 2 septembre 1792,
date à laquelle ils ont presque tous été massacrés
dans le jardin du couvent. Saisi par les révolutionnaires, le couvent
est transformé en prison à partir de 1793. En 1797 une carmélite,
la mère de Soyecourt, rachète l’église et le cloître,
pour y installer ses religieuses. En 1841, les carmélites vendent
l’ensemble du couvent à l’archevêque de Paris. Simple, cette
église est un témoignage de l’unité de l’Eglise autour
du pape et du Concile de Trente. Elle est rectangulaire avec une abside (derrière
le Maître-autel) et une coupole (la deuxième construite à
Paris). Au chevet, un campanile de style florentin.
LES GRANDES DATES DE LA CONSTRUCTION DES CARMES
1610
26 avril : Dans un bref de ce jour, le pape Paul V décide l’implantation
de carmes déchaux en France.
Mai/Juin : Deux religieux du couvent de Gênes, originaires du
midi de la France, arrivent à Paris. Ce sont le pères Denys
de la Mère de Dieu (Denys de Macaran) et Bernard de Saint Joseph (Bernard
de Vaillac). Ils résident d’abord pendant 15 jours à “La Croix
de Fer” rue de la Harpe puis au couvent des Mathurins avant de séjourner
au collège de Cluny où ils reçoivent les lettres patentes
de Marie de Médicis leur accordant l’autorisation de s’installer.
23 septembre : Injonction royale faite au Parlement d’avoir à
enregistrer les lettres patentes autorisant l’installation de carmes déchaux
à Paris et Lyon; le Parlement s’acharne à faire traîner
l’affaire
1611
Fin avril : Enregistrement au Parlement des lettres patentes de Marie
de Médicis.
14 mai : Nicolas Vivien, maître à la Chambre des comptes,
vend aux religieux,pour une somme symbolique (dont le paiement sera ultérieurement
remis siné die) une maison située à l’angle de la rue
Cassette et du chemin de Vaugirard; il l’avait achetée trois jours
plus tôt à Robert Barat, protestant, conseiller maître
d’hôtel du Roi. Cette maison avait servi au culte protestant. Elle
est entourée d’un vaste terrain s’étendant jusquà la
rue du Regard.
22 mai : Dimanche de la Pentecôte. L’archevêque de Paris,
Henri de Gondi, autorise le couvent.
Le même jour, après avoir sommairement aménagé
des cellules, les religieux, fondent le couvent sous l’invocation de saint
Joseph. La cérémonie est présidée par le Cardinal
Ubaldin, nonce, qui célèbre la première messe dans la
chapelle installée dans la salle qui avait servi aux prêches
protestants..
Peu après une nouvelle chapelle est édifiée aux frais
de Jean du Tilleul de La Bussière, greffier en chef du Parlement.
6 novembre : Ouverture de la nouvelle chapelle.
1613
7 février : Nicolas Vivien pose la première pierre d’un
corps dee bâtiment en façade sur le jardin actuel se composant
d’un rez-de-chaussée (cuisine, réfectoire, salle commune) et
un étage divisé en cellules, il communique avec la nouvelle
chapelle et le chœur des religieux.
20 juillet : La chapelle de 1611 étant devenue trop
petite en raison du nombre des fidèles, Marie de Médicis pose,
en ce jour de la saint Elie, la première pierre de l’église
actuelle.
1616
Achèvement de la première aile des bâtiments conventuels.
1618
Construction d’un deuxième bâtiment.
1620
Pierre Brûlart, chevalier, conseiller du roi, grand trésorier
des ordres du roi, obtient pour 1.000 livres la jouissances de la chapelle
Sainte-Anne, à droite du maître-autel, et la fait décorer
(avant 1624). Au XVIII° siècle cette chapelle passera
à la famille d’Hinisdale
19 mars : (Jour de la Saint Joseph), Charles de Lorraine, évêque
de Verdun, célèbre la première messe dans l’église.
1621
16 Avril : La première chapelle à droite est concédée
pour 1.000 livres, à Louis Barat, fils de Robert et secrétaire
du roi; elle est placée sous l’invocation de saint Louis et sainte
Catherine. Robert, converti au catholicisme 24 heures avant sa mort, sera
inhumé ici en 1628.
1625
21 décembre : L’église est consacrée par Charles
d’Etampes de Valençay, évêque de Chartres; c’est la première
église parisienne dédiée à saint Joseph.
1627
Marie de Médicis fait don, pour le maître-autel, d’une grand
toile peinte en 1624 par Quentin Varin : Présentation de Jésus
au Temple.
Réalisation des peintures de la sacristie
1er février : René de Rieux, lieutenant du roi pour la Basse
Lorraine, obtient pour 1.200 livres la concession de la chapelle Saint-Elie
ou Saint-Ange. (la 2ème à droite)
1628
Jean-Baptiste de Mornat (ou Moronato), italien, conseiller aumônier
du roi et de Marie de Médicis, abbé de Saint-Michel en Thiérarche,
obtient la concession de la 1ère chapelle à gauche, dédiée
à saint Jean-Baptiste et à saint Albert, (aujourd’hui, chapelle
Saint-Camille), il la fait orner et y est inhumé en 1632.
6 novembre : Passation d’un marché avec Pierre Selley et Jean
Leschappé, maîtres charpentiers, pour la construction du comble
et du dôme; 4.108 livres financées en partie par Nicolas Vivien.
1633
Début de la construction du maître-autel par Simon Guillain
(1581-1638), aux frais (21.000 livres) du Chancelier Séguier, qui
avait un des religieux du couvent comme confesseur.
Décembre : Pose des marches de l’autel, en marbre et pierres
de liais et de Tonnerre
1634
Début de la réalisation des sculptures et figures du maître-autel
1635
Les sculptures du maître-autel sont achevées
29 novembre : Jacques d’Etampes, conseiller du roi, neveu de Charles
d’Etampes (inhumé en 1651 dans la chapelle comme archevêque
de Reims), obtient la concession (1.500 livres) de la 2ème chapelle
à gauche, dédiée à saint Jacques, saint Louis
et saint Dominique (son saint patron, celui de sa femme et celui de leur
fils), et l’a fait décorer. Sa femme, Louise de Joigny, y est inhumée
le 21 novembre 1635.
1640
28 février : La chapelle Saint-Jean-Baptiste passe à
Denis Le Boutheillier, conseiller du roi et père du réformateur
de la Trappe.
1641
La chapelle Saint-Elie prend le titre de chapelle Notre-Dame de Montaigu.
1647
Décoration de la coupole par Barthélemy Flémalle (1614-1675)
ou Walthère Damery (1610-1672)
1650
Construction, aux frais de Gabriel de Cassagnet, conseiller du roi, de l’autel
du bras droit du transept, dédié à Sainte Thérèse.
1655
Construction de l’autel du bras gauche du transept dédié à
la Vierge aux frais de Guillaume de Lubert, en religion frère Luc
des Anges, (contrat du 24 mars, pose de la première pierre
le 27 juillet); dessin donné par Le Bernin (1598-1680).
Le cardinal Barberini commande, pour 10.000 livres, à Antonio Raggi
dit Le Lombard (1624- 1686) une statue de la Vierge à l’Enfant d’après
un dessin du Bernin
1656
Le chœur d’en haut des religieux est orné de tableaux représentant
la Passion du Christ exécutés par le frère Georges de
Sainte Thérèse, convers (ont disparu).
1663
10 août : Arrivée à Paris, par voie d’eau de la
statue de la Vierge
8 septembre : Bénédiction de la statue de la Vierge
par le cardinal Barberini, donateur.
1665
Juillet/Août : Le Bernin en visite à Paris critique la
façon dont la Vierge de Raggi est tournée et exposée.
1666
Les carmes vendent une partie de leur terrain en bordure de la rue Cassette
aux Filles du Saint-Sacrement pour la construction de leur couvent. Ils font
bâtir des hôtels en bordure de la rue Cassette et de la rue du
Regard et les mettent en location. Ces loyers, avec l’eau de mélisse,
dite “eau de mélisses des carmes”, et le “blanc des carmes”, leur
procurent des revenus importants. (Le blanc des carmes donne aux murs le
brillant du marbre).
1675
Réparation de la coupole qui menaçait ruine.
1676
Le couvent est surmonté d’un étage. Aménagement de la
chapelle du noviciat
1681
La chapelle du noviciat est décorée de boiseries par le frère
Dominique de Saint-Albert et de tableaux (aujourd’hui disparus) retraçant
la vie de Saint Jean de la Croix par Etienne Regnault (1646 - 1720)
1684
Le frère de Saint-Albert réalise le retable de l’autel de la
salle capitulaire.
1693-1698
Le frère de Saint-Albert réalise les boiseries de la salle
capitulaire.
1703
15 septembre : Les religieux donnent à Christian Pajot un petit
réduit situé dans l’intérieur du couvent entre la chapelle
de la Vierge et celle de Saint-Jacques pour en faire une chapelle, la chapelle
de l’Ecce Homo, décorée d’une annonciation (perdue) de Pierre
Dulin (1670-148). Elle est bénie le 15 mars 1704 par l’évêque
de Cahors.
1707
La salle capitulaire est ornée de dix peintures retraçant la
vie de Sainte Thérèse (perdues).
1711
Réparation de la coupole. Réfection du pavage. On équipe
d’une balustrade en fer la corniche intérieure qui fait le tour de
l’église.
Gilles-Marie Oppenord (1672-1742) donne des dessins pour deux plaques de
bronze avec rinceaux en relief situées l’une à l’entrée
de l’église et fermant l’accès au caveau des religieux, l’autre,
plus petite, au milieu de la nef pour jeter de l’eau bénite sur les
corps descendus dans le caveau; il donne aussi un dessin pour un bénitier,
conservé aujourd’hui à l’Ecole des Beaux-arts.
1752
La niche contenant la Vierge de Raggi est décorée de plaques
de marbre.
1781
Réfection du lanternon du dôme
1787
Selon le Guide des amateurs, les religieux ont un petit cabinet d’histoire
naturelle d’ostéologie, de myologie et anatomie et un médaillier
des rois de France et des Papes.
1789
21 juillet : Par arrêté du comité du district
du Luxembourg une messe doit être célébrée tous
les jours à 9 heures dans l’église des carmes pour le succès
de l’Assemblée nationale.
17 août : Pour le casernement de cent hommes de la milice nationale
soldée le prieur des carmes met à la disposition du district
un bâtiment servant de grenier à grains et le terrain avoisinant
de 39 mètres sur 50, planté en marronniers,
22 septembre : Le prieur s’engage à bâtir un mur de clôture
et à prolonger les greniers à grains jusqu’à la rue
de Vaugirard avec retour d’équerre sur le bois et à rehausser
le bâtiment pour y faciliter le casernement. (Coût 32.270 livres
et 21 sols)
25 septembre : L’abbé de Corbon, supérieur des carmes
est élu président du comité du district.Il démissionne
trois mois plus tard pour raisons de santé
1790
Octobre : Le couvent renferme 64 membres (42 prêtres, 17 convers,
3 donnés , 1 choriste et 1 clerc). En exécution du décret
du 8 octobre, 8 prêtres déclarent renoncer à la vie commune
; le couvent est désigné pour recevoir les carmes des Billettes
et ceux de la place Maubert et reçoit le nom de “Maison de Réunion”.
1791
1er juin : Les autorités mettent sous séquestre la bibliothèque
du couvent (plus de 10.000 volumes). Entre autres un manuscrit de la chronique
de Flodoard, qui passait pour l’original et un manuscrit sur tablettes enduites
de cire, semblables à celles que possédaient les abbayes Saint-Germain-des-Prés
et Saint-Victor.
1792
31 mai : Le supérieur du couvent proteste contre l’interdiction
faite aux religieux d’accéder à leur bibliothèque
11 août : L’église est transformée en dépôt
pour les prêtres réfractaires arrêtés dans le quartier.
2 septembre : Massacre des prêtres détenus dans l’église.
3 septembre : 6 carmes restés jusqu’àlors dans le couvent
prêtent le serment de liberté égalité et déclarent
se retirer dans la vie civile
1793
5 mars : Le couvent est loué pour 4.280 livres à Guillaume-François
Dufrancastel, jardinier qui en sous-loue une grande partie à Langlais,
traiteur ; celui-ci installe un bal champêtre (bal des Tilleuls)
21 décembre : Le couvent est transformé en maison de
détention
1794
23 juillet : 49 détenus de la maison
de détention, accusés de complot, sont exécutés
à la barrière du Trône et inhumés dans les fosses
communes de Picpus, parmi eux, Alexandre de Beauharnais et le comte de Soyecourt.
1795
Juillet : Décision de transporter dans l’église les
objets d’approvisionnement entreposés dans Saint-Sulpice.
1796
31 décembre : Suppression du dépôt d’approvisionnement
établi dans l’église
1797
8 août : L’ensemble du domaine est acheté 1.041.000 livres
par Etienne Foréson, entrepreneur de bâtiments, 56 rue de Vaugirard.
Le contrat l’oblige à céder les terrains nécessaires
au percement de deux rues (l’une sera réalisée: la rue d’Assas,
l’autre abandonnée)
25 août : La mère de Soyecourt rachète 103.000
francs à Foréson la partie des bâtiments qui comprend
l’église et le cloître, contrat passé devant Maître
Colin; elle fait aussitôt nettoyer l’église
29 août : M. de Pancemont, ancien curé de Saint-Sulpice,
vient y dire la messe dans la petite chapelle Dominique, qui, murée,
avait été à l’abri de toute profanation.
29 août : Mgr de Maillé de La Tour Landry, évêque
de Saint-Papoul, vient réconcilier l’église et la chapelle
des Martyrs. C’est l’ancien curé de Saint-Sulpice qui dessert l’église
à partir de cette date.
1798
Janvier : L’abbé de Pancemont est arrêté et conduit
hors de France, les scellés sont placés sur l’église
que l’on croit sa propriété. La mère de Soyecourt obtient
la levée des scellés; jusqu’au Concordat de 1802, l’ancien
clergé de Saint-Sulpice y officie.
1801
8 novembre : La mère de Soyecourt rachète à Foréson
pour 1.500 francs une autre partie du couvent
1807
22 août : La mère de Soyecourt rachète toute la
partie du couvent qui se trouve limitée par la rue d’Assas. Les religieuses
n’occupent que la chapelle et la partie du couvent qui avait servi de
prison, elles louent le reste à différentes personnes (artistes
et artisans)
1811
Janvier : La mère de Soyecourt, accusée d’avoir correspondu
avec les cardinaux et d’avoir approuvé la bulle lancée par
le Pape contre le chef du gouvernement, est arrêtée puis internée
à Guise. Le couvent est menacé de destruction complète.
1813
5 janvier : Libérée la mère de Soyecourt revient
dans son couvent.
1841
23 juillet : La mère de Soyecourt vend 600.000 francs l’ensemble
du couvent à monseigneur Affre, archevêque de Paris qui veut
créer une maison des prêtres auxiliaires et une école
des hautes études ecclésiastiques pour les prêtres venant
suivre des cours dans les facultés d’état à Paris.
1845
23 avril : Les carmélites quittent le couvent.et s’installent
dans un autre bâtiment plus loin dans la rue de Vaugirard
4 novembre : Mgr Affre installe l’Ecole des Hautes études et
la maison des prêtres auxiliaires
1848
La maison des prêtres auxiliaires est dissoute
25 juin : Mgr Affre trouve la mort lors des émeutes: son cœur
est déposé dans l’église des carmes; une plaque de marbre
est apposée.
1849
11 juin : La mère de Soyecourt, décédée
3 jours plus tôt, est inhumée dans la crypte
1851
Le Père Lacordaire obtient de l’archevêque une partie du couvent
des carmes et l’église toute entière. Les dominicains s’installent
le 15 octobre.
1852
L’abbé Cruice, directeur de l’Ecole des hautes études, crée
une école destinées aux jeunes gens désireux de se préparer
aux écoles du gouvernement
1853
Inhumation dans la crypte de Frédéric Ozanam
1867
Les dominicains quittent le couvent et s’installent rue Vincent de Beauvais
Percement de la rue de Rennes, le jardin est amputé de 2.950 m2 :
Démontage de la chapelle des martyrs
23/25 mai : Exhumation des ossements des victimes des massacres de
1792. Aménagement de la crypte des Martyrs.
1868
2 septembre : Inauguration de la crypte des Martyrs
1913
Erection dans la crypte d’un monument à Frédéric
Ozanam.
1929
13 juillet : Exhumation des restes de Frédéric
Ozanam qui sont déposés sous le monument érigé
en 1913