RECHERCHES SUR LE DECES DE L'ABBE DE LANGLADE
(Archives Nationales, Minutier central    LVIII, 578, 6-9-1792)


Procès verbal en date du 6 Septembre 1792 constatant le décès de  l'abbé de Langlade à Paris                        

Par devant les Notaires fut présent

M. Jean François Joseph Despont de Bioley Orjulaz ci devant au service de M. Pierre Alexandre de Langlade, ancien grand vicaire général de Rouen, demeurant le dit Bioley rue de Verneuil nème 814
Lequel nous a déclaré et attesté à qui il appartiendra que mon dit abbé de Langlade parti de Paris le lundi vingt trois juillet dernier pour Rouen a séjourné dans cette vile jusqu'au vingt deux août suivant, qu'à cette époque il s'est rendu en la maison de madame de Beaumont sise au Mesnil près de Mantes sur Seine où il est resté jusqu'au trente du mois d'août jour où il s'est transporté à Paris.
Que pendant la nuit du dit jour trente au trente un il a été renfermé dans l'église des Carmes deschaux sise rue de Vaugirard, paroisse Saint-Sulpice, en qualité de prêtre inassermenté ainsi que le constate le procès verbal des commissaires de la Section de la fontaine de Grenelle
Qu'il est resté dans la dite église depuis le jour trente un août jusqu'au dimanche deux septembre suivant jour où les prêtres incarcérés ont été immolés à la fureur du peuple.
Que le sieur comparant le lundi sur les six heures du matin essayé de découvrir si le dit abbé de Langlade avait été tué, mais qu'il n'a pu pénétrer d'après le refus à lui fait par un factionnaire sous le prétexte que les gens armés seuls pouvaient enter. Qu'il a seulement vu dans la cour des Carmes des flots de sang et n'a pu soutenir plus longtemps ce spectacle ni attendre les voitures qui passaient chargées de cadavres deux desquelles voitures étaient déjà sorties.
Que depuis il s'est transporté chez M. Daubanel secrétaire de la section du Luxembourg et autres personnes domiciliées dans l'étendue de la dite Section et en place, pour se procurer quelques renseignements sur l'existence ou la mort du dit abbé de Langlade: que ces démarches ont été vaines, attendu que plusieurs prêtres avaient fui et ainsi échappé à la mort, que les cadavres avaient été dépouillés et leurs vêtements, seuls signes de reconnaissance, remis entre les mains des fossoyeurs de la paroisse de Saint-Sulpice avant qu'ils aient pu être examinés.
Qu'il a enfin découvert le fossoyeur qui était en possession des hardes et vêtements et par lui conduit chez M. Angot, dégraisseur, demeurant à Paris rue des Mauvais Garçons nème , chargé de les nettoyer et que, d'après l'inspection de quelques habits, il a reconnu celui que portait le dit abbé de Langlade de drap de Silésie uni marron clair bouton et doublure pareils, que cet habit déjà trempé dans l'eau était percé de plusieurs coups de pique et sabre, qu'il n'a vu aucune trace de sang attendu le nettoiement déjà fait, mais qu'il est persuadé que cet habit était celui du dit abbé de Langlade et présume d'après cela qu'il a été immolé
et a le sieur Bioley signé: Despont

Sont aussi comparu M. Jacques François Gascard, tailleur à Paris, y demeurant rue Traînée pointe et paroisse Saint Eustache, M Guillaume Sordot demeurant chez Mon dit abbé de Langlade en qualité de valet de chambre susdite rue de Verneuil paroisse Saint-Germain-des-Prés et M. François Marie Jeanniot demeurant aussi chez mon dit abbé de Langlade en qualité de cuisinier.
Lesquels ont affirmé qu'ayant été requis par le sieur Bioley Orjulaz de se transporter chez le dit sieur Angot pour examiner le dit habit, ils l'on parfaitement reconnu, savoir le dit sieur Gascard pour l'avoir fait et fourni, et notamment à la façon particulière du collet et les sieurs Sordot et Jeanniot pour l'avoir vu porter au dit abbé de Langlade; que le dit  habit était percé de plusieurs coups dans le dos et sur le côté gauche et lavé au point de ne point voir les traces de sang et ont signé.
Et encore comparu M. Noël Pierre Sevestre, marchand chapelier à Paris, y demeurant rue Jacob, nème 18
Lequel a déclaré qu'il était de garde aux Carmes le dimanche deux septembre présent mois, y ayant été envoyé en détachement par la section armée de l'Abbaye, qu'il a été témoin des meurtres commis sur les prêtres, que d'après la désignation qui lui a été faite de M l'abbé de Langlade il a reconnu son cadavre ensanglanté, dépouillé de son habit, couvert d'une veste noire, culotte et bas de pareille couleur, étendu près le gazon du grand jardin à main gauche en entrant par la porte du dit grand jardin, que la tête du dit cadavre était à demi couverte d'une perruque ensanglantée dont il n'a pu reconnaître la couleur
Et a signé :

De tout ce que dessus les sieurs comparant ont requis acte aux notaires soussignés, ce qui leur a été octroyé pour constater le décès de mon dit sieur abbé de Langlade et servir en temps et lieux ce que de raison, déclarant les susnommés rendre hommage à la vérité. Dont acte

Fait et passé à Paris en notre étude l'an mil sept cent quatre vingt douze le quatrième de la Liberté le six septembre et ont signé ces présentes où vingt un mots sont rayés et nuls.

signatures
Enregistré à Paris le 7 septembre 1792