MGR DE SALAMON :
MEMOIRES INEDITS DE l'INTERNONCE A PARIS
PENDANT LA REVOLUTION 1790-1801

(Plon Paris 1892)

Chapitre II :
Le dépôt de la mairie.

On me fit traverser les basses-cours du côté de l'écurie, et monter au second étage, dans un grenier assez vaste, mais dont le toit était si bas qu'une personne de cinq pieds six pouces n'y pouvait rester commodément debout. Je le trouvai rempli de prisonniers, et je sus depuis qu'il y en avait quatre-vingt. Ils étaient entassés sur la paille. Ils ne firent guère attention à moi tout d'abord, mais ils se plaignaient qu'on ne leur eût pas changer la paille qui datait de quatre jours. Cette prison n'était éclairée que par des fenêtres fort étroites et garnies de barreaux de fer; encore étaient-elles en très petit nombre. Il y régnait une effrayante obscurité. C'était vraiment le vestibule de la mort.
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Il y avait là le curé de Saint-Jean-en-Grève (1), homme aussi vénérable par ses vertus que par son grand âge: il avait quatre-vingt ans. Il était  obligé de se tenir courbé ainsi qu'un autre, l'abbé Godard, grand vicaire de Mgr de Fontanges, archevêque de Toulouse, parce qu'ils avaient six pieds de haut.
Il y avait encore là l'abbé du Bouzet, grand vicaire de Reims, frère du chef d'escadre, l'abbé Sicart, un grand vicaire de Strasbourg, l'abbé Gervais de l'archevêché, et beaucoup d'autres personnes bien connues.
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Le curé de Saint-Jean-en-Grève était un saint homme, tout à fait aimable, gai et même jovial. Il cherchait à me distraire et à me faire rire, et il y parvenait quelques fois.     ..................................
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L'heure du repas m'apporta quelque distraction. Chacun mangeait ce qu'il voulait, et il y en avait quelques uns qui mangeaient ensemble. Je vis apporter un excellent repas et même des pâtisseries qui avaient fort bonne mine.
Par contre, j'aperçus dans un coin un prêtre misérablement vêtu et tout malpropre, qui mangeait un morceau de pain sec.
C'est qu'en effet, n'étant pas dans une prison d'Etat, nous n'avions pas même le repas ordinaire des prisonniers.
Il paraissait honteux de faire un si maigre festin. Je suis porté à m'émouvoir et à m'attendrir dès que je vois un malheureux, quand surtout il ne devrait pas l'être. Je fus touché en ce moment de vive compassion. Les prêtres m'inspirent plus de pitié encore que les autres hommes, quand je les vois avec un air misérable. Maintenant encore, j'éprouve ces sentiments, lorsque je rencontre, dans les paroisses où je vais pendant la belle saison, des pauvres prêtres manquant de tout.
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Je m'avançais vers le prêtre et lui dis: "Monsieur l'abbé, vous avez certainement point de parents qui puissent avoir soin de vous et s'occuper de votre nourriture; pardonnez-moi ma curiosité, elle part d'un coeur sensible: qui êtes vous donc?" Il parut embarrassé par ma présence, mais se remettant bientôt un peu: "J'étais, me dit-il, un des aumôniers de l'Hôtel-Dieu. J'ai été chassé pour n'avoir pas voulu prêter le serment, et l'on ne m'a laissé que le méchant habit que je porte sur le corps. Voilà déjà trois semaines que je suis ici; j'ai été pris aux environs des Tuileries, le lendemain du 10 août, par des gens qui me criaient que j'étais un scélérat et un chevalier du poignard".
A ces mots du bon prêtre, j'avoue qu'il me vint envie de rire, et je murmurai en moi-même : "Un chevalier du poignard! "
Je lui demandai ensuite de quelle province il était et si il avait de l'argent. Il me répondit qu'il était de Gascogne, et qu'il était si peu rétribué à l'Hôtel-Dieu, qu'il n'avait que quelques sous pour acheter du pain. "Eh bien! lui dis-je, gardez votre pain. Je pense qu'on ne tardera pas à m'apporter mon déjeuner, car je ne loge pas loin d'ici, et certainement il y en aura assez pour vous et pour moi".
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Je continuai à donner chaque jour son repas à ce pauvre prêtre. Ce ne fut du reste pas long, car nous  abandonnâmes ce lieu infect le 1er septembre, comme on va le voir ci-après.
J'ai dit "lieu infect". On n'aura pas de peine à le croire, quand on saura  que nous étions quatre-vingt dans une espèce d'entresol, bien étroit pour un si grand nombre de personnes, extrêmement bas et peu aéré, et où, depuis trois semaines déjà, on dormait, on mangeait, et on se promenait sur de la paille: encore cette paille ne se changeait pas tous les jours. Puis on était obligé de satisfaire, - excusez ce détail, - tous les besoins naturels dans une moitié de tonneau placée dans un coin de la même pièce, et qui ne se vidait que toutes les vingt-quatre heures au plus tôt.
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Il y avait là ce vénérable curé de Saint-Jean, qui était très plaisant, tout en étant très saint homme: ce qui prouve, en passant, que Dieu préfère une piété qui n'exclut pas la gaieté et l'amabilité, à cet extérieur sévère qui semble toujours censurer les autres. Il nous racontait des histoires plaisantes qui nous faisaient éclater de rire, si bien que moi-même, malgré tous mes sujets de tristesse, je riais à en être incommodé. C'était à croire que nous étions étendus sur une plume moelleuse et sur la pourpre. Cela se prolongeait parfois jusqu'à une heure du matin, et j'étais obligé de lui dire : "Allons! Monsieur le curé, en voilà assez, dormons." Et aussitôt il interrompait le cours de ses histoires et demeurait en silence. Au reste, le bon Dieu n'y perdait rien: à quatre heures du matin il était debout ou bien à genoux (car il ne pouvait se tenir debout à cause de sa haute taille), priant Dieu ou récitant son bréviaire quand il faisait jour.

Chapitre III :
L'arrêté de la Commune.

Enfin le samedi 1er septembre 1792, jour d'horrible mémoire, Manuel, le procureur de la commune, vint nous annoncer, en se tenant sur le seuil de la porte, comme s'il avait affaire à des pestiférés et se sentant sans doute suffoqué par la puanteur, que la Commune du 10 août avait pris un arrêté aux termes duquel nous allions être transférés le soir même. Il venait, ajoutait-il, nous le notifier. En effet, il nous laissa cet arrêté. C'était un papier imprimé, de la grandeur de ceux qu'on affiche sur les murs de la ville.
A cette nouvelle, presque tous mes compagnons furent dans la joie, pensant sortir enfin de leur misérable situation. Les uns disaient : “Nous allons partir ce soir, et peut-être serons nous déportés; il faut faire provision d’argent pour notre voyage”. Les autres : “Nous allons être réunis aux prêtres qui sont aux Carmes, et nous y serons mieux”.
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Il était alors huit heures du matin.
Manuel, affectant un aire de bonté, avait dit, en s’en allant, que chacun pourrait voir ses parents et ses amis pendant la journée.
Pour moi, j'avoue que je prêtais peu d'attention à ce qui se passait autour de moi. J'étais tombé dans une profonde et vague rêverie; j'avais même perdu le sentiment de ma situation, quand le gardien de la prison entra brusquement et prononça mon nom. Je revins à moi et m'élançai vers la porte qui était restée ouverte. J'y trouvai un homme mal vêtu et d'un âge avancé. Il me salua avec respect et me demanda si j'étais l'abbé de Salamon, internonce du Pape. "Ne prononcez pas ces mots, lui dis-je vivement. vous le voyez en effet devant vous: que puis-je faire pour vous dans le triste état où je suis .?"
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"Je suis prêtre me dit cet individu, mais je ne suis pas emprisonné, et je suis envoyé vers vous par Mgr l'archevêque d'Arles, les évêques de Saintes et Beauvais, et les prêtres détenus aux Carmes. Ils ont appris avec le plus vif déplaisir que vous étiez prisonnier ici, vous, le représentant du Pape, vous si nécessaire à l'Eglise de France. Tous les chemins pour arriver au souverain Pontife étant fermés, ils m'ont chargé, au cas où je pourrais parvenir jusqu'à vous, de vous présenter leurs hommages et de vous demander des conseils, en particulier sur la conduite à tenir au sujet du nouveau serment de liberté et d'égalité que l'on vient de décréter et que tout le monde doit prêter".
C'est qu'en effet, dans l'intervalle, une nouvelle assemblée s'était réunie sous le nom d'Assemblée législative. Elle avait commencé ses travaux par la proclamation de la République, et le 27 août, elle avait décrété le serment de liberté et d'égalité.
Je répondis à ce digne prêtre :
"Je suis ému jusqu'au larmes de l'extrême bonté de Mgr l'archevêque d'Arles et de ses respectables confrères". J'étais en effet pénétré de crainte et de respect, en voyant que des prélats si éminents en vertu et en science s'adressaient à moi, simple prêtre, revêtu sans doute d'un titre respectable, mais bien éloigné du mérite de ces miroirs de l'Eglise. J'en restai un moment comme interdit; mais retrouvant bientôt ma présence d'esprit : "Offrez-leur, ajoutai-je, l'expression de ma vénération et de ma reconnaissance. Eh! que suis-je moi, simple prêtre, même honoré de la confiance du souverain Pontife, pour donner des conseils à Mgr l'archevêque d'Arles, ce nouveau Chrysostome, à l'abbé de Rastignac et à l'abbé Bonaud, grand vicaire de Lyon, ces prêtres distingués qui viennent de publier sur ces matières les ouvrages les plus lumineux et les plus élevés? C'est d'eux-mêmes que j'attendais plutôt l'éclaircissement de ces questions.
- Monsieur, me répondit-il, je leur ferai part de vos sentiments de modestie; mais dites-moi, je vous en prie, ce que vous pensez du nouveau serment d'égalité et de liberté.
- Je ne puis encore savoir les intentions du Pape, ce serment étant tout à fait nouveau; mais j'ose vous assurer qu'il ne lui sera pas favorable, et, puisque vous persistez à demander ce que j'en pense, je vous dirai que je ne me permettrai pas de blâmer ceux qui le prêteront, mais que pour ma part, je suis bien déterminé à le refuser. Dites à ces messieurs que, quand j'aurai l'honneur de les voir, nous aviserons ensemble aux moyens d'avoir sur ce point une doctrine uniforme".
Hélas nous ne devions plus nous revoir !
Pendant que j'étais dans la petite chambre qui précédait notre prison, il vint un prêtre appelé Simon, chanoine de Saint-Quentin, âgé de plus de quatre-vingt ans. Il voulait voir son frère déjà incarcéré, qui avait soixante-quinze ans. On le fit bien entrer, mais quand il fut pour sortir: "Vous êtes prêtre, lui dit-on; puisque vous êtes entré dans la prison, restez-y; vous serez emmené avec les autres tout à l'heure". Il fut massacré à l'Abbaye, et son frère, emprisonné avant lui, a  été sauvé. Quelle bizarrerie de la destinée humaine ou plutôt adorons les volontés immuables de la divine Providence
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Revenu dans la salle, je trouvais tous mes compagnons dans l'agitation. Beaucoup faisaient déjà leurs paquets, comme s'ils devaient être mis en liberté dans quelques instants. D'autres écrivaient des billets à leurs amis, pour leur annoncer cette bonne nouvelle prétendue et leur demander de l'argent pour le voyage, si l'on venait à les déporter. et de fait, on apporta deux cents louis au vicaire général de Strasbourg, dont j'ai parlé plus haut. Voilà ce qui a fait dire après le massacre, - et je l'ai moi-même entendu répéter,- que les prêtres avaient leurs poches pleines d'or, pour payer les Prussiens et  faire la contre-révolution.
Nous demeurâmes dans l'incertitude jusqu'au samedi 1er septembre 1792. Ce jour-là, à onze heures du soir, un membre de la Commune du 10 août, ceint de son écharpe tricolore, nous cria d'une voix forte : "On va transférer les soixante-trois plus anciens: qu'ils s'avancent pour se faire inscrire".
Bien que je fusse l'un des derniers arrivés, je m'empressai, - je ne sais pourquoi - de me présenter, et l'on m'inscrivit, sans me poser de question. Ce fut assurément par une sorte d'inspiration du ciel; car, si je suis encore en vie, c'est, on le verra ci-après, par suite de cette démarche.
On nous fit descendre les uns après les autres dans la grande cour du palais.
Nous laissâmes dans la prison quinze ou dix-huit de nos compagnons. Le plus connu était l'abbé Sicart, instituteur des sourds-muets, il ne fut transféré que le lendemain dimanche, à deux heures, au moment précis où commençaient les massacres, et on les égorgea tous, sans ombre d'interrogatoire comme ils descendaient de voiture..
Le seul abbé Sicart fut sauvé par un certain Monottte, horloger de la rue des Augustins, fameux patriote, grand révolutionnaire, mais qui était une manière de philanthrope
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On nous fit descendre dans la cour, et l'on nous entassa six par six dans des voitures qu'on avait fait avancer.
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On passa le long du quai des Orfèvres, par le pont Neuf, la rue Dauphine et le carrefour dit de Bussy. "On ne nous conduit pas aux Carmes, disaient quelques-uns de notre voiture ; nous laissons la rue à gauche. ....  On va du côté de l'Abbaye ..." Nous arrivâmes en effet devant la tour qui sert de prison militaire,  .......... nous tournâmes dans le passage Sainte-Marguerite, qui conduisait à la cour des moines bénédictins.
Pendant tout ce trajet, nous étions escorté outre la foule des gens armés, d'une multitude d'hommes de peuple. Mais ils gardaient le silence et ne semblaient nous suivre que par curiosité.

Chapitre IV :
La première nuit à l'Abbaye.


On nous plaça dans une grande salle qui servait de poste à la garde nationale. Nous y fûmes accueillis par les injures les plus grossières de la part d'un certain nombre de ces gens, qui portaient l'uniforme de la nation. Puis, il n'y avait ni bancs ni chaises pour nous asseoir.
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En ce moment, je vis entrer un homme qui paraissait donner des ordres. Je m'approchai et lui dis : "Monsieur, est-ce que nous allons passer la nuit ici ? - Ça m'en a tout l'air, répondit-il; vous n'étiez point attendus; on ne met ici que des soldats, et il n'y a rien de prêt pour vous recevoir. - Je vous prie en grâce de me conduire dans une autre prison, où je puisse m'asseoir; j'ai la fièvre, et si vous ne vous en apercevez pas, vous n'avez qu'à me tâter le pouls, et vous en serez convaincu". Il hésita un instant à me répondre, et finit par me dire: "Je vais voir si cela est possible".
Il revint en effet au bout de quelques temps - il était environ une heure après minuit - et me dit suivez-moi".
Je le suivis aussitôt, et il me conduisit dans une très grande prison éclairée seulement par une petite lampe. Le plafond était soutenu par des piliers. Je sus dans la suite que c'était l'ancien réfectoire des moines.
Il y avait là quatre-vingt-trois prisonniers, tous soldats ou gentils-hommes, arrêtés dans la journée du 10 août et dans les journées suivantes.
Il ne s'y trouvait qu'un seul prêtre, nommé Vitali, vicaire de Saint-Merry, homme charmant et de belle mine. Je le reconnu le lendemain après quelques explications. Il était de mon pays natal, et nous avions appris ensemble les premiers rudiments de la langue latine ..............................
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Tous les prisonniers étaient étendus par terre sur des matelas.
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Pour moi qui ne reconnaissais personne, - des gens couchés, en grand nombre, avec des bonnets de coton, ne sont pas aisés à reconnaître, - je les remerciais de tout coeur et je leur dis : "Je vais m'étendre sur le matelas à côté de ce monsieur qui est là près de moi, et qui a la bonté de m'offrir une place sans me connaître"
Je m'aperçus presqu'au même instant que c'était un soldat nègre, qui avait déserté, comme on me le dit ensuite.
Je me couchais malgré cela,
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Je m'éloignai de la porte et m'avançai vers le milieu de la salle pour reconnaître mes gens.
L'abbé Vitali, dont j'ai parlé plus haut, avait, avec son air aimable, la plus charmante figure du monde. Il vint me témoigner sa satisfaction de se trouver avec moi, et m'offrit une tasse de café à la crème, que j'acceptais, en voyant la peine qu'un premier refus lui causait.
Cette prison renfermait comme je l'ai déjà dit, des soldats de tous grades. En fait d'ecclésiastiques il n'y avait que celui-là .................................................................
Comme je terminais mon petit discours, l'individu qui m'avait conduit la nuit dans cette prison entra et me dit : "Suivez-moi". "Monsieur, lui dis-je, laissez-moi ici: j'y ai rencontré un de mes compagnons d'enfance, prêtre comme moi, beaucoup de personnes de ma connaissance, et je m'y trouve bien".
Hélas je résistais sans le savoir à la Providence divine, ........Car j'appris encore dans la journée que tous ces braves gens, avec lesquels je voulais rester, avaient été égorgés de trois heures à six heures du soir, et avec eux mon pauvre vicaire de Saint-Merry, malgré sa jeunesse
L'homme insista et je le suivis ..........................................................................

Chapitre V :
Le dimanche en prison.

Après avoir traversé en silence une longue cour, il me fit entrer dans une salle très obscure. Elle avait servi de chapelle à une congrégation d'artisans, comme il y en avait autrefois dans les maisons de religieux et surtout des Jésuites. Je fus agréablement surpris de m'y voir réuni avec mes compagnons d'infortune que j'avais laissés la veille au corps de garde. Ils parurent heureux de me voir et se précipitèrent tous vers moi, en me disant qu'ils avaient été fort en peine de mon absence.
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C'était une pièce très vaste, que personne certainement n'avait habitée depuis longtemps, et qui recevait le jour par un vitrail aussi grand que ceux des églises et  brisé en cent endroits. Il était tout sali par la pluie, la poussière, et couvert, ainsi que le reste de la salle de grandes toiles d'araignée, comme il y en a dans les écuries.
Du reste, ni lits, ni chaises, ni bancs, à l ' exception d'un seul, qui était très petit et muni d'un dossier très élevé ; c'était ce qu'on appelle en italien un ”archibanco”. On pouvait y tenir douze ou quinze à la fois. Quant au plancher, il était recouvert d'un ou deux doigts de poussière.
L'examen attentif de cette prison me fit croire que nous n'y resterions probablement pas longtemps, et je dis à ces messieurs  "Cet endroit-ci n'est pas le lieu de notre destination  définitive : il n'y a ni lit, ni chaise, ni paille. En attendant, un peu de propreté ne nous ferait point de mal. demandons deux balais et un peu d'eau pour laver, et enlevons toute cette saleté sur laquelle nous marchons". Tous applaudirent à mon idée. On appela le gardien; nous lui fîmes acheter deux balais de basse-cour, et de cette façon nous parvînmes à mettre un peu de propreté.
Nous étions au 2 septembre, cette date qui doit rester à jamais, dans les annales de France, une date horrible et funèbre. Elle tombait un dimanche. J'avoue que je n'y pensais pas, mais un plus saint prêtre que moi, le bon vieux curé de Saint-Jean-en-Grève, y pensait pour nous. Après que nous eûmes balayé, il nous dit: "Messieurs, c'est aujourd'hui dimanche ; il est certain qu'on ne nous permettra ni de dire ni d'entendre la messe; mettons-nous donc à genoux le temps qu'elle durerait, et élevons notre coeur vers Dieu". Tout le monde applaudit et s'agenouilla aussitôt pour prier. Nous avions des laïques parmi nous, le premier président du conseil supérieur de la Corse, un procureur au Parlement de Paris, un perruquier, dont j'aurai à parler plus tard, un domestique du duc de Penthièvre, et cinq ou six soldats déserteurs. Bref nous étions en tout soixante-trois.
Après avoir rendu hommage à Dieu avec beaucoup de piété, nous nous mîmes à nous promener en long et en large dans la prison, deux par deux ou en petites bandes. Nous parlions de notre situation, du sort qui nous attendait, et surtout des privations de tous genres qu'on nous faisait subir n'ayant à notre disposition ni chaise, pour nous asseoir, ni rien pour appuyer la tête. Mes compagnons avaient même passé toute la nuit qui venait de s'écouler, dans le corps de garde, debout ou étendus sur le pavé. quant à moi, je n'avais guère mieux dormi au côté de mon nègre.
En ce moment le gardien de la prison entra et nous dit: "La nation doit désormais vous nourrir, mais vous êtes venus sans être attendus : il n'y a rien de prêt pour aujourd'hui ; il faut donc que vous songiez vous-mêmes à votre repas; voici un traiteur que je vous amène".
L'abbé Godard, grand vicaire de Toulouse, et moi, qui paraissions avoir mieux que les autres gardé notre sang froid, nous nous approchâmes du traiteur et nous lui dîmes : "Préparez-nous un repas à quarante sous par tête, d'ici à deux heures  ...Nous répondons pour ceux qui ne pourront pas payer."
Outre les soldats déserteurs, il y avait en effet parmi nous deux ou trois prêtres qui paraissaient tout à fait misérables, et bien que nous fussions incertains de notre sort, c'était le moment de nous montrer charitables.
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Le temps qui précéda le repas se passa à se promener un peu en tumulte. Tous parlaient à la fois si bien qu'on ne s'entendait guère...........................................................................
Cependant le traiteur avait faisait dresser une table très longue, mais très étroite, avec de longs bancs pour nous asseoir, et à deux heures de l'après-midi on apporta le repas...........................
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Tous se mirent à table très joyeusement
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Ces messieurs continuaient à manger et faisaient beaucoup de bruit. Tous dînaient avec bon appétit. Pour moi, j'étais allé m'asseoir sur mon petit banc, et en les regardant je me disais à moi-même : "Bon Dieu! Comme ils sont contents!"
A peine avais-je fait cette réflexion que le gardien, tirant les verrous avec un grand fracas, ouvrit la porte: "Dépêchez vous, dit-il ; le peuple marche sur les prisons, et il a déjà commencé à massacrer les prisonniers".
Il était à ce moment deux heures et demie.
On conçoit aisément dans quelle stupeur nous jeta cette épouvantable nouvelle. Chacun quitta précipitamment la table sans finir de dîner, et l'abbé Godard et moi, nous nous mîmes à faire la quête pour payer un repas à moitié mangé. On ne comptait point; chacun mettait dans le chapeau de l'abbé Godard ce qu'il voulait ; il y eut même quinze francs de plus, que nous laissâmes au gardien comme pourboire, afin de nous le rendre favorable.
Or cet homme était un monstre ; on le verra bientôt.
Les tables une fois enlevées à l'exception d'une petite, qui fut laissée par oubli apparemment, ou peut-être par fourberie, comme la suite permettra de le conjecturer, le gardien sortit, tira ses horribles verrous, et nous laissa abandonné à nous-mêmes.

Chapitre VI :
La préparation à la mort.


Il y eut alors parmi nous une grande agitation. Les uns s'écriaient: "Qu'allons nous devenir ?" les autres :"Il nous faut donc mourir ! " Beaucoup allaient à la porte pour regarder par le trou de la serrure, trou qui n'existait pas, car les serrures des prisons ne s'ouvrent jamais que par le dehors et ne présentent du côté intérieur aucune ouverture. D'autres sautaient sur leurs talons pour voir par les fenêtres, qui avaient quatorze pieds de haut. D'autres enfin, marchant sans savoir où ils allaient, venaient se heurter durement les jambes au banc ou à la table qu'on avait laissé là.
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J'étais impatient de voir s'écouler les heures, parce que je pensais que la nuit mettrait fin à notre anxiété, en mettant fin aux massacres. Pauvre naïf que j'étais  Je ne connaissais  pas la fureur et la scélératesse de nos assassins.
Je criais quelquefois à mes compagnons de garder le silence: je craignais que le grand bruit que nous faisions n'attirât l'attention des hommes qui étaient dehors, et ne hâtât notre perte.
Nous commençâmes à entendre les cris du peuple. Cela ressemblait beaucoup à un grand murmure lointain.
Souvent mes compagnons se taisaient à ma voix, mais bientôt ils recommençaient à marcher au hasard dans la salle.
Je me levai alors pour me mettre au milieu d'eux, et les contenir en quelque façon par ma présence.
Je m'approchai de ce pauvre procureur au Parlement qui m'avait donné si cordialement son matelas à la prison de la Mairie. C'était le plus peureux des hommes. Il tremblait de tous ses membres, comme s'il avait la fièvre, et peut être l'avait-il en effet.
"Tranquillisez vous, luis dis-je, mon cher compagnon ; vous n'êtes pas prêtre, vous serez probablement épargné. Mais à propos pour quel motif avez-vous été mis en prison ?
- Pour avoir caché dans ma maison le curé de mon village, prêtre réfractaire, que je connaissais depuis quarante ans.
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Je m'approchai aussi de deux jeunes religieux Minimes: l'un était diacre et l'autre sous-diacre. Le plus jeune avait une figure angélique. Ils me saluèrent avec le plus profond respect.
"Comment donc, messieurs, leur dis-je, étant si jeunes avez-vous attiré l'attention de ceux qui vous ont mis en prison ?
- Nous étions cachés, me répondit le plus âgé, chez une marchande de la place Maubert, qui pensait bien. Elle n'était pas trop aimée de ses voisins; ils nous découvrirent et la énoncèrent; on la conduisit à la Force, et nous à la Mairie.
- Cela est bien pénible pour vous.
- Oh! mon Dieu, monsieur, me dit le plus jeune, je ne regarde pas comme une disgrâce de mourir pour la religion á...; je crains au contraire qu'on ne me fasse pas mourir, parce que je ne suis que sous-diacre".
Je fus tout attendri en entendant ces paroles, dignes des premiers martyrs de l'Eglise. J'avoue même qu'elles me firent rougir, et j'eus honte en moi-même de voir de si nobles et de si beaux sentiments dans un tout jeune homme, tandis que j'étais si peu disposé à penser comme lui. La surprise m'empêcha un instant de répondre, mais je me remis bientôt et je lui dis :"Remerciez Dieu : si vous n'êtes pas prêtre, vous n'êtes pas fait pour le martyre ........  du reste, vous en avez le désir, et cela est aussi beau devant Dieu. ......  Il vous réserve peut-être pour faire de plus grandes choses à son service".
A ce moment je fus interrompu par l'arrivée du gardien, qui nous dit que le peuple était en  fureur, que l'on ne faisait dans les premières cours un épouvantable massacre, que ceux qui étaient dans la prison où avait dormi monsieur l'abbé, - il disait ces mots en me regardant,- étaient égorgés, et que tous y avaient passé.
Il était alors cinq heures du soir.
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Nous étions tous dans la consternation. Nous nous tournâmes, par une sorte d'inspiration, vers le curé de Saint-Jean-en-Grève, ce vieillard vénérable de quatre-vingts ans, qui jouissait d'une grande réputation de sainteté, et nous le priâmes de nous donner l'absolution ”in articulo mortis”. Ce saint prêtre, qui conservait le calme d'une belle âme, nous répondit que le péril ne lui paraissait pas assez imminent et qu'il fallait nous préparer à mourir d'une manière plus conforme à l'esprit de l'Eglise. Il ajouta qu'il y avait parmi nous des prêtres ayant exercé le ministère, et que nous devions nous disposer à la mort par une bonne confession.
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Je vis beaucoup de prêtres s'asseoir sur le banc qu'on avait laissé à côté de la table après le repas, et d'autres se mettre à genoux pour se confesser. je restai comme immobile dans cette posture pendant l'espace d'une heure. Je sentais même mes paupières se fermer et je me rappelle qu'il me fallut faire quelque effort pour écarter le sommeil. Puis, je disais de temps en temps le Pater et l'Ave Maria, mes prières favorites .......................
Je continuais aussi de compter les coups quand l'horloge sonnait: "Ah! disais-je, voilà sept heures; il sera nuit dans une heure, et probablement les scélérats s'en iront".
A ce moment la pensée que je ne faisais pas comme les autres me vint à l'esprit ; je me levai brusquement et allai me jeter aux pieds du curé de Saint-Jean-en-Grève, qui ne confessait personne en cet instant. il se tenait debout, et comme il était de très haute taille, il se mit à genoux pour m'écouter.
Ma triste confession fut interrompue par l'arrivée de cet épouvantable gardien, qui prenait plaisir à nous donner de fausses nouvelles, et qui nous dit de sa grosse voix : "Le peuple est toujours plus irrité ...; il y a peut-être plus de deux mille hommes dans l'Abbaye".
Et de fait, nous entendîmes augmenter la rumeur, et les hurlements du peuple, que nous n'avions pas encore pu distinguer, arrivèrent jusqu'à nous.
Le gardien ajouta: "On vient d'annoncer que tous les prêtres des Carmes ont été massacrés".
Nous apprîmes depuis que beaucoup s'étaient enfuis par dessus les murailles qui séparent les Carmes des autres jardins .......................................................................................
A cette poignante nouvelle, mes compagnons se jetèrent spontanément aux genoux du curé de Saint-Jean-en-Grève, près duquel j'étais demeuré comme pétrifié, et tous ensemble, ecclésiastiques et laïques, nous lui demandâmes avec insistance et avec une grande componction l'absolution ”in articulo mortis”. Ce saint homme qui était resté à genoux à côté de moi, se leva alors avec recueillement. Sa haute taille donnait plus de dignité encore à son attitude, qui annonçait vraiment un homme de Dieu. Après avoir prié un instant en silence, il nous exhorta à réciter le Confiteor et à faire un acte de foi, de contrition et d'amour de Dieu, ce dont chacun s'acquitta avec beaucoup de piété. Après quoi, il nous donna l'absolution “in articulo mortis”, que nous désirions tous avec tant d'ardeur. Il se tourna ensuite vers moi et me dit: "Je suis moi-même un grand pécheur: ce n'était pas à moi de vous absoudre, c'était à vous, monsieur, à vous qui êtes le ministre du Vicaire de notre divin Sauveur. Je vous prie de me donner l'absolution avec autant de simplicité que je vous l'ai donnée tout à l’heure".
J'avoue que je fus comme interdit à ces paroles, et que j'eus besoin de me recueillir un instant pour me rappeler la formule que je devais prononcer. Alors je me relevai, et je bénis ce saint vieillard, plutôt que je ne lui donnai l'absolution.
Depuis cet instant de recueillement, tous étaient restés à genoux. Le curé nous dit: "Nous pouvons nous regarder comme des malades à l'agonie, mais conservant la raison et leur pleine connaissance, nous devons donc rien omettre de ce qui peut nous mériter la miséricorde de Dieu: je m'en vais réciter les prières des agonisants; unissez-vous à moi, afin que Dieu ait pitié de nous".
Il commença les litanies accoutumées, auxquelles nous répondîmes tous avec ferveur. Le ton dont ce digne prêtre prononça la première oraison qui commence ainsi  "Partez, âmes chrétiennes, de ce monde, au nom de Dieu le Père tout puissant, etc.", attendrit nos compagnons et presque tous fondirent en larmes.
Quelques laïques se plaignaient à haute voix de mourir si jeunes, et laissaient échapper des imprécations contre nos assassins. Le bon curé les interrompit pour leur représenter avec beaucoup de douceur qu'il fallait généreusement pardonner et que Dieu, content de notre résignation, ferait naître peut-être des moyens de nous sauver.
Cet acte de notre sainte religion, destiné à consoler les agonisants, étant terminé, nous nous levâmes et chacun s'en alla de son côté dans la salle.
Nous étions vraiment, - tant est grande la frayeur à l'approche de la mort, - comme des personnes à l'agonie, et chez qui une longue et cruelle maladie a brisé tous les ressort de la machine. C'était un spectacle lamentable! Chacun satisfaisait, malgré soi, aux besoins de la nature: le sol ne tarda pas à être inondé, car nous étions dans cette pièce au nombre de soixante-trois et depuis huit heures du matin; aussi une épouvantable odeur s'y répandit bientôt.
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La nuit était venue. On nous laissait sans lumière, mais nous étions éclairés par la lune, qui resplendissait au ciel dans tout son éclat. Je dus reconnaître que je m'étais trompé dans mon calcul, car les massacres continuaient, et le fracas paraissait même accru par le silence de la nuit. ............................
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Vers dix heures du soir, le gardien reparu avec deux garçons qui portaient plusieurs paniers de vin, et il nous dit: "M. Pétion, maire de Paris, va arriver avec un bataillon de gardes nationaux; il veut vous interroger en personne, et ceux qui ne sont pas coupables ne seront pas mis à mort. Je vous apporte des bouteilles de vin, afin que vous puissiez vous rafraîchir, et voici de quoi vous éclairer ; car nous avions oublier de vous laisser une chandelle".
A cette nouvelle, tous mes compagnons reprirent courage. Ils interrogeaient cet homme cruel, qui ne leur répondait que par des mensonges, tout en mettant les bouteilles sur la table. je vis briller sur les visages un rayon de joie. Ce n'était plus ces hommes qui, un moment auparavant, remplis de componction, prosternés la face contre terre, demandaient à Dieu miséricorde. Triste image du pécheur mourant qui revient à la vie! Il entourèrent la table et se mirent à boire, en mangeant un morceau de pain.
Quant à moi, je ne m'y trompais pas, et je dis à l'abbé Godard, qui aurait dû avoir plus de perspicacité: "Comment pouvez-vous, l'abbé, vous réjouir sur la parole de cet homme, qui ne veut qu'une chose, vendre son vin et se faire bien payer, comme il l'a déjà été après le repas? Je ne vous envie pas le plaisir de boire, mais à coup sûr cet homme ne dit pas la vérité. Jusqu'ici il n'a cessé de nous prédire la mort: comment voulez-vous qu'il nous apporte maintenant des paroles d'espérance?
- Vous êtes un homme bien extraordinaire, me répartit l'abbé Godard; vous ne voyez partout que des bourreaux: ce que dit cet homme est vraisemblable".
Je ne lui répondis pas et lui tournai le dos.
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Quand le gardien comprit que son vin devait être bu, il revint prendre ses bouteilles et se faire payer ; puis il ajouta: "M. Pétion n'a pas pu attendre ; vous ne serez interrogés que demain : mais il a laissé la garde nationale pour vous protéger".
Tout cela était faux. Pétion, consigné à la Mairie depuis trois jours, n'était jamais venu et la garde nationale massacrait comme le peuple.
Les paroles de cet homme atroce fit disparaître le calme de mes compagnons, et ils recommencèrent à se lamenter et à errer de côté et d'autre dans la salle, non sans un certain tumulte. pour moi, après être demeuré quelques temps encore à les regarder, je rejoignis le curé de Saint-Jean-en-Grève, qui se promenait tout seul en priant Dieu, comme il me semblait, mais en conservant son calme.
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Au même instant nous entendîmes la rumeur du dehors augmenter, et même se rapprocher de nous. Je priai mes compagnons de m'écouter. Aussitôt ils s'avancèrent tous près de moi. je leur dis: "Vous faites tant de bruit, que vous êtes capables d'attirer l'attention sur nous ...  Nous ne sommes ici que depuis ce matin, et dans une pièce qui n'a pas encore servi de prison. Il est possible que le peuple ignore qu'il y a ici des prisonniers ...."
Je ne soupçonnais pas que le gardien était un monstre, et qu'il venait lui même à la tête des assassins, leur indiquer les victimes.
"Il faut donc, ajoutai-je, garder un profond silence, afin que si quelques-uns des massacreurs viennent de ce côté, n'entendant aucun bruit, ne voyant aucune lumière, ils passent outre. Ainsi ne bougeons pas de place, et attendons notre sort avec résignation".
Tous suivirent mon conseil, et même plusieurs vinrent s'asseoir à mes côtés. Il y avait parmi eux l'abbé Godard.


Chapitre VII :
Le Peuple.


A peine étions nous dans cette position (il était onze heures et demie du soir: elles venaient de sonner à cette maudite horloge), qu'on s'en vint donner l'assaut à nos portes avec force et à coups redoublés. Il y en avait deux, placées aux extrémités de la salle, et se faisant face l'une à l'autre. On conçoit aisément l'impression que nous causèrent ces premiers coups. Nous fumes saisis de stupeur, et nous demeurâmes sans mouvement.
Tout à coup, j'entendis près de moi un bruit très fort. Je tournai la tête et je remarquai que l'abbé Godard n'était plus là. Je levai les yeux et j'aperçus une des vitres de la fenêtre toute grande ouverte.
J'avoue que j'éprouvai un mouvement de colère contre l'abbé Godard. "Il est, me disais-je, bien peu charitable et bien peu généreux ... il trouve un moyen de se cacher, et n'en fait pas part".
Je me levai brusquement, et sans hésitation mettant le pied sur le petit banc, posant l'autre sur le dossier du petit "archibanco", d'un bond que je ne puis m'expliquer, même avec l'agilité que j'avais alors, je me trouvai sur le rebord de la fenêtre, qui était élevé de quatorze pieds au moins. Arrivés là, je vis l'abbé Godard dans une petite cour qui me paraissait très basse. Cependant il fallait bien y descendre, et comme je craignais de me rompre les jambes en sautant, je résolus de me laisser glisser sur le ventre contre le mur. cela réussit, et je me trouvai à terre sans aucun mal, sauf une légère égratignure à la cuisse, ma culotte s'étant déchirée. Tout cela parait assez long à dire, et cependant je l'exécutai aussi vite que l'esprit peut le concevoir. "Eh bien! l'abbé que faites vous là? dis-je à l'abbé Godard; où est la porte? je n'en vois qu'une " Et même cette porte me semblait condamnée avec de la chaux.
C'était sans doute une cour abandonnée depuis longtemps par les moines.
Cependant treize de nos compagnons nous avaient suivis, et parmi eux le domestique du duc de Penthièvre, qui avait soixante ans. La peur de la mort donne des ailes.
Les portes une fois ouverte, la foule se précipita dans la prison en criant: "Ils se sont sauvés! ils se sont sauvés!"
Nous fûmes bientôt découverts, et le peuple se porta en masse sur nous. La porte qui n'était fixée que par un peu de chaux, ne tarda pas à être forcée. Quelques hommes montèrent même sur les murs de notre petite cour, qui étaient moins hauts à l'extérieur, et de là, ils lançaient contre nous leurs piques, qui étaient heureusement très courtes, criant et vociférant des imprécations. D'autres se tenaient devant la porte sans entrer. Pour nous, nous nous étions accroupis à l'angle opposé, dans la posture de personnes qui font leurs nécessités, afin de n'être pas frappés par les piques. Nous étions comme morts de peur, et j'avoue que je tremblais comme les autres. Je murmurais en français : "Notre Père qui êtes aux cieux", la Salutation angélique et un acte de contrition. Je craignais qu'on ne nous massacrât sur place, comme j'ai su depuis que cela s'était fait aux Carmes.
Nous nous trouvions dans cette cruelle position quand une grosse voix cria tout à coup : "L'abbé Godard "
On n'a pas de peine à comprendre que cet abbé ne s'empresse pas de se présenter à l'appel, ni même de répondre. Craignant que son silence n'achevât d'irriter la foule, je lui dis: "Voyons, l'abbé, vous êtes connu ici, avancez-vous donc ... autrement vous allez nous faire massacrer sur place ... Peut-être que votre taille gigantesque, - on se rappelle qu'il avait six pieds et un pouce, - leur en imposera".
Ces paroles lui donnèrent du courage, et comme il s'avançait vers la porte, il fut tout à coup saisit au col de son justaucorps par un grand et gros homme, qui le précédait en criant: "Le scélérat! le brigand!". Puis je le vis disparaître dans la foule.
Je crus qu'il était conduit au massacre, et pendant deux semaines je restai convaincu qu'il était mort. mais un jour, je le rencontrai dans une rue du faubourg Saint-honoré, vis-à-vis le palais Monchenu. Il m'apprit que ces hommes en apparence si furieux, n'étaient là que pour le sauver, et c'était dans le dessein de n'inspirer aucun ombrage aux autres, qu'ils agissaient comme j'ai raconté et faisaient semblant de le maltraiter
Ces homme avaient été envoyés par Manuel, procureur de la commune. Il n'avait d'ailleurs donné aucun ordre écrit de peur de se compromettre; puis il craignait de n'être pas obéi et de devenir suspect.
Manuel s'était rendu aux instantes prières de sa maîtresse qui connaissait depuis longtemps cet abbé.
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............ L'abbé Godard une fois pris et disparu, on n'appela plus personne; les assassins se tenaient devant la porte, en nous regardant comme par curiosité et sans colère. Alors, sans trop réfléchir, emporté par ma vivacité naturelle, impatient de voir finir une si cruelle incertitude, et croyant peut-être leur en imposer, je m'élançai rapidement vers la porte, et je leurs dis: "Me voici; je ne suis point coupable". Ces gens, pensaient peut-être que je voulais m'échapper, dirigèrent contre moi leurs piques et leurs sabres. Je ne sais si ce fut imagination ou réalité, mais je crus sentir une pointe qui me piquait, et cela me fit faire un pas en arrière. En même temps je leurs dis avec force: "Malheureux! qu'allez vous faire? Je vous affirme que je ne suis point du tout coupable". A ces mots, un homme d'un certain âge, qui me parut être de la campagne, les mains toutes rouges de sang, vêtu d'une blouse de charretier également ensanglantée, et portant à la main une torche enflammée, me dit: "Venez avec moi, et, si vous n'êtes pas coupable, on ne vous fera aucun mal".
Je le pris par le bras. La foule, qui était là pressée, s'ouvrit comme deux ailes, et me laissa passer sans m'insulter. Je ne dis pas un seul mot dans tout le trajet, et pourtant il fut long, car nous traversâmes une longue cour et une partie du jardin. Nous marchions escortés par une grande foule en armes, au milieu d'un grand nombre de torche et aux rayons d'une belle lune qui éclairait tous ces vils coquins!


Chapitre VIII :
Le massacre.


Nous arrivâmes enfin au bâtiment des moines, dans une salle basse qui avait une porte vitrée à deux battants, regardant sur le jardin. Il y avait au milieu une grande table avec un tapis vert, quelques mains de papier couvert d'écriture, et un encrier garni de porte-plume. Elle était entourée par beaucoup d'hommes qui se disputaient si fort, qu'ils ne firent aucune attention à moi. Celui du milieu était vêtu de noir et avait même les cheveux poudrés, il paraissait présider. L'homme qui m'avait donné le bras m'ayant laissé là, je fus me placer à l'extrémité opposée à la porte: j'y trouvai une fenêtre fermée, présentant un rebord sur lequel on pouvait s'asseoir. Quand j'eus pris cette place, croyant n'avoir été remarqué de personne, je jetai un coup d'oeil autour de moi, et je vis que j'avais été suivi non seulement par ceux de mes compagnons qui s'étaient échappés avec moi, mais encore par ceux qui avaient été pris dans la salle. Tous s'en vinrent comme machinalement de mon côté, et cela forma une rangée qui se prolongeait jusqu'à la porte. J'avais juste devant moi le domestique du duc de Penthièvre, et je me trouvais de nous tous le plus éloigné de la porte. Cette position était heureuse. Si l'on commençait par le plus rapproché de la porte, ce qui en effet arriva, je devais naturellement être massacré le dernier.
Il y avait apparence que nous n'étions pas connus, et que le comité de surveillance de la Mairie nous avait fait transporter là, sans songer à envoyer la liste des prisonniers qui n'avaient pas été couchés sur le livre d'écrou: et de fait nous n'avions pas été soumis à cette dernière formalité. On avait seulement dit que nous étions des prêtres réfractaires.
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Nous étions là dans l'attente de notre sort, quand une violente querelle s'éleva parmi nos juges. Ils étaient furieux de ce que certaines personnes, et surtout des commissaires, n'étaient pas à leur poste. Beaucoup voulaient qu'on allât les arracher de leurs lits, et qu'on les amenât par force. D'autres disaient: "Tant pis pour eux, s'ils ne veulent pas prendre leur part de la vengeance nationale ... Nous les dénoncerons à la Commune".
Enfin, à force d'agiter la sonnette, le président obtint un peu de calme. Un d'eux pris alors la parole et dit: "Nous ne nous occupons ici que de niaiseries ... Eh! que nous importe que tels soient ici, et que tels autres n'y soient pas! La vengeance du peuple nous est confiée ... Voici un tas de scélérats qui attendent la juste punition de leurs crimes. Ces gens là sont tous des calotins - c'est-à-dire des prêtres - Ce sont des ennemis jurés de la nation, qui n'ont pas voulu prêter le serment. Vous savez que beaucoup d'entre eux ont voulu s'enfuir; ils n'ont pas confiance dans la justice des patriotes. ils doivent être les plus coupables".
Comme je vis qu'un petit nombre d'individus seulement approuvaient ce méchant homme, je m'avançai vers la table, et élevant les deux mains vers le ciel, je m'écriai d'une voix émue : "Non, non, nous n'avons pas voulu fuir; seulement, au bruit que l'on faisait pour forcer la porte, la peur nous a fait sauter dans cette cour, au risque de nous rompre les jambes. Nous avons cru que des assassins venaient nous massacrer sur place; mais quand nous avons reconnu la garde nationale nous sommes allés à sa rencontre". Un autre ajouta: "Il est naturel à l'homme de fuir le danger. Il faut les interroger, et nous verrons bien, au cours de l'interrogatoire, s'ils ne sont coupables que d'avoir voulu fuir". Le président prit alors la parole et demanda voulez vous les interroger?" Et tous de crier : "Oui, oui! "
Alors le président, se tournant à droite, s'adressa à celui qui était le plus près de la porte, et qui se trouvait en tête de la file. C'était le curé de Saint-Jean-en-Grève. Ce vieillard, qui marchait lentement, n'avait pas pu, sans doute, pénétrer plus avant dans la salle. L'interrogatoire fut court, comme tous ceux du reste qui suivirent: "As-tu prêté le serment?" lui dit le président. Le curé répondit avec le calme de la bonne conscience: "Non, je ne l'ai pas prêté". Au même instant un coup de sabre, dirigé contre sa tête, mais qui heureusement dévia, fit sauter sa perruque et laissa voir une tête chauve que les années avaient jusque là respectée, et que le fer des assassins allait abattre. Les coups redoublèrent, et sur la tête et sur le corps, qui fut bientôt étendu à terre. Ils le saisirent par les pieds, le traînèrent dehors et quelques instants après revinrent en criant: "Vive la Nation !"
Cette mort me causa la plus profonde émotion
Ce fut ensuite le tour de l'abbé Bouzet, grand-vicaire de Reims, frère du chef d'escadre du même nom, que j'ai beaucoup connu depuis. Le président lui demanda : "As-tu prêté le serment?" Il répondit d'une voix si faible que je l'entendis à peine: "je ne l'ai pas prêté". Alors on cria "enlevez-le!" Aussitôt beaucoup d'assassins le séparèrent de nous, l'entourèrent, et, sans le porter, le poussèrent dehors dans le jardin, qui était de plain-pied avec la salle. Je jetai machinalement les yeux devant moi, et je l'aperçus les deux bras en l'air, comme pour parer les coups de sabre et de pique qu'ils assenaient sur lui. Je détournai promptement les yeux, en me disant: "Je ne puis échapper à la mort puisque je n'ai pas prêté le serment". Nous entendîmes bientôt crier de nouveau: "Vive la nation!" L'abbé Bouzet n'était plus.
Ils revinrent, et se tournèrent vers ce pauvre procureur, auquel j'avais fait la leçon, et qui ne sut pas en profiter, car à la première question, au lieu de dire qu'il n'était pas prêtre, il perdit la tête et dit : "Je m'accuse d'avoir fait cacher chez moi un prêtre réfractaire". Alors tous s'écrièrent : "Le scélérat! Il a voulu sauver un calotin!" Ils ajoutèrent même une injure que je ne saurais reproduire ici. Puis vociférant: "La mort! la mort!" ils le frappèrent sur place. Sa perruque tomba comme celle du pauvre curé. Ils le traînèrent hors de la salle, et peu après, des hurlements épouvantables annonçaient qu'il était mort.
On massacra ensuite l'abbé Capparuis, mon compatriote, homme d'un caractère très timide. Il était prêtre habitué de la paroisse de Saint-Paul, où tout le monde le vénérait.
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On avait massacré, l'un après l'autre, l'abbé Gervais, secrétaire de l'Archevêché, le grand vicaire de Strasbourg, ce pauvre ecclésiastique de l'hôtel de Dieu, et le président du Conseil supérieur de Corse.
Il était sans doute près de trois heures du matin. Je dis sans doute, car je ne faisais plus attention au son de l'horloge. Je devenais comme insensible aux massacres, qui ne cessaient pas, et je n'avais plus de pensée que pour moi, bien que je visse périr tous mes compagnons, à la clarté de torches qui éclairaient cette horrible exécution.
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Parfois on cessait de massacrer pour entendre les discours des députations des autres sections, qui venaient rendre compte de l'état de leurs prisons et des massacres qui s'y poursuivaient. Celles de l'Homme-Armé et de l'Arsenal en particulier faisaient par des horreurs qui se commettaient à la Force et à Saint-Firmin.
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Ils s'adressèrent ensuite aux deux religieux Minimes. Le président leur demanda s'ils avaient  prêté le serment. Ils n'avaient pas encore répondu, qu'un de ceux qui entouraient la table et qui les connaissait sans doute, prit leur défense en disant: "Ceux-ci ne sont pas prêtres et ne sont pas en situation de prêter le serment. - Mais ce sont des fanatiques, des coquins, repartit un autre ; il faut qu'ils meurent! " Cela occasionna entre eux une dispute. Les plus méchants voulaient les entraîner dans le jardin pour les y massacrer. Les autres, les saisissant par les bras, voulaient les retenir dans la salle. Le combat attira mon attention, et je remarquai bien que le sous-diacre, qui désirait tant mourir, opposait moins de résistance à ceux qui voulaient l'entraîner dehors, qu'à ceux qui voulaient le sauver. Enfin, les scélérats eurent le dessus, et ils furent massacrés.

Chapitre IX :
Heureuse diversion.


On massacra ensuite l'abbé Simon, le vieil abbé qui venant pour voir son frère à la Mairie, fut retenu prisonnier. Comme on achevait de l'égorger, parut une députation du comité des Jacobins, qui réunissait dans l'église des religieux Cordeliers. C'étaient des gens très sanguinaires, qui comptaient parmi leurs chefs le célèbre Marat. Presque tous étaient tirés de cette fameuse bande de Marseillais venus à Paris pour les attentats du 10 août. ...................
On en vint ensuite au frère de cet abbé Simon, le vieux chanoine de Saint-Quentin, que l'on avait massacré peu auparavant.
On lui demanda s'il avait prêté le serment. Il répondit affirmativement, et tirant un papier de sa poche, il le présenta comme attestation: c'était le serment de Liberté et d'Egalité. Il s'était empressé de le prêter, sitôt qu'il avait été décrété. Le furieux massacreur prit la parole et dit : "Ce serment n'est pas bon; nous demandons le serment exigé des prêtres" Un autre riposta: "Vous êtes bien difficile; ce serment est bon. C'est vous qui venez de faire massacrer deux innocentes victimes" - il parlait des jeunes religieux Minimes - et il répéta avec vivacité: "ce serment est bon!" Beaucoup crièrent à son exemple: "Ce serment est bon!" et le vieillard fut sauvé. ................
C'était le premier de mes compagnons qui échappait à la mort, et cette grâce me rendit un peu de calme.
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Chapitre X:
L'interrogatoire.

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Chapitre XI:
Au violon.

........On avait dit à Blanchet (2) que j’étais mort et l’on ajoutait même que l’on m’avait massacré.    .
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..........prenant une voiture, elle se rendit rue Cassette chez une de ses meilleures amies. C’était une femme aussi robuste que Blanchet, ................ Cette personne courageuse lui suggéra, pour s'assurer de ma mort, un expédient désespéré, que Blanchet adopta su-le-champ. Il consistait à aller retourner un à un les cadavres, entassés tout nus, les uns sur les autres, pour savoir si j’étais parmi les morts ou s’il me restait un souffle de vie.
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Pour arriver jusqu'à moi, Blanchet  et son amie dirent qu'elles allaient voir si leurs maris n'étaient pas parmi les morts; et, comme elles étaient tout en larmes on les crut sans difficulté. Il y en eut même beaucoup qui les aidèrent à procéder à cette affreuse vérification.
Enfin après avoir visité une centaine de cadavres environ, Blanchet s'écria d'un ton où perçait la joie: "Il n'y est pas! " Mais craignant de me nuire, elles n'osèrent donner mon signalement ni adresser aucune demande à la section.
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Chapitre XII :
La délivrance.

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Nous étions là, lorsque nous entendîmes crier: "Le confesseur du Roi! le confesseur du Roi!"
Excité par la curiosité, nous regardâmes à travers les carreaux de la fenêtre, et nous aperçûmes, en effet, l'abbé Lenfant, prédicateur du Roi. On le conduisait au massacre en compagnie d'un autre prêtre: aussi l'on s'assura d'abord de son identité. Je le vis ensuite s'asseoir sur une chaise et confesser l'autre prêtre, qui allait mourir avec lui. Il paraissait tranquille.
Nous étions au mardi ..............................;
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Le mercredi matin avant de sortir, j'aperçu par la fenêtre du violon, un membre de la Commune, ceint de son écharpe tricolore. Il avait près de lui un grand nombre de sacs d'argent, avec lequel il payait les assassins.
Le salaire donné à ceux qui avaient, comme ils disaient, "bien travaillé"- c'est à dire bien massacré - était de 30 à 35 francs. Un certain nombre obtenaient moins.
J'en vis même un qui n'obtint que 6 francs. son travail ne fut pas trouvé suffisant.
C'était un horrible spectacle, que de voir ces gens se disputer, pour savoir lequel de tous avaient le mieux massacré.
Je vis également une femme, qu'on eût dit échappée de l'enfer, insulter à un cadavre. Elle s'était mise à cheval dessus et lui frappait sur le dos, en criant : "Voyez comme ce chien de calotin était gros!"
Je rentrai chez moi, encore frémissant d'indignation.


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(1) L’abbé Royer. Saint -Jean-en-Grève était situé auprès de l’Hôtel de ville
(2) femme de charge de l’abbé de Salamonb