Notes sur le massacre fait au séminaire Saint-Firmin le 3 septembre 1792

Cette relation a été écrite par Joseph Mansuet Boulangier à la demande de l'abbé Barruel à Londres en 1792 ou 1793.
Le manuscrit conservé à la bibliothèque des RR. PP. Jésuites, rue Lhomond, dans les papiers du Père Barruel. se compose de quatre feuilles mesurant 0,32 de hauteur et 0,20 de largeur.
Une copie en a été faite par H.J.B. Colombier bibliothécaire de l'Ecole Sainte-Geneviève (14 bis rue Lhomond).
La copie numérotée de 1 à 32 a été versée au dossier du procès en béatification et publiée dans le ”Summarium additionale”  in ”Martyrs de septembre 1792 Dossier sur l'instruction de la cour Rome 1915 Tome 1
Né le 30 août 1758 à Fontenay le Château, diocèse de Besançon, l'abbé Boulangier a prononcé ses vœux de Lazariste le 19 février 1781. Procureur du séminaire de Saint-Firmin, il est sauvé la veille du massacre par un boucher fournisseur de la maison. Il est décédé à Paris le 1er décembre 1843. Il avait été procureur général et assistant du Supérieur général de sa congrégation.

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A

Quelques temps après l'époque de la Révolution française, la ville de Paris fut divisée en districts puis en sections. Le District sur lequel se trouvait le séminaire de Saint-Firmin prit le nom de district de Saint-Nicolas-du-Chardonnet puis celui de la section du Jardin des Plantes. Les chefs de cette section, tous plus ou moins constitutionnels, étaient tous anti-jacobins et connus pour tels. Le Bataillon commandé par M. Acloque était également l'ennemi de la secte des jacobins, et voulait conserver le Roi. La section du Jardin des plantes conserva son nom et le bataillon ses bonnes dispositions jusqu'au 10 août 1792. A cette époque malheureuse, la Section prit le nom de la Section des Sans-culottes et presque tous ses chefs furent plus ou moins notés d'aristocratie, M. Acloque fut obligé de choisir son salut dans la fuite, M. Lafond son sous-commandant fut déposé, l'adjudant le fut aussi: la section quitta Saint-Victor pour s'assembler dans le réfectoire du Séminaire Saint-Firmin, elle fut présidée par un petit homme à cheveux noirs qui présidait en gilet avec les manches de sa chemise retroussées jusqu'aux épaules; les vrais Sans-culottes, les femmes, les enfants, tout y fut reçu à titre de frères et d'amis, chacun eut le droit d'émettre son vœu, les motions les plus extravagantes furent faites et applaudies, les séances étaient à peine interrompues pour laisser à chacun le temps d'aller prendre de la nourriture; telle fut l'origine de la section des sans-culottes; ce fut peu de jours avant ce boulvari qu'un membre fit et renouvela la motion de s'assurer des prêtres prétendus réfractaires de la section. Cette motion fut accueillie et dès le dimanche 13 août il fut arrêté au comité de la section que le séminaire de Saint-Firmin, où étaient déjà 18 pensionnaires ecclésiastiques chassés de leur place pour refus de serment, serait le lieu où l'on incarcérerait tous ceux que l'on prendrait dans l'étendue de la Section. Comme messieurs de la Communauté de Saint-Nicolas-du-Chardonnet étaient tous restés fidèles à l'église, malgré les sollicitations qu'on leur avait faites, malgré les vexations qu'on leur avait fait essuyer, ce fut sur eux que se fixèrent surtout les regards des nouveaux tyrans. Dès le soir du même jour un commissaire accompagné de fusiliers se transporta au séminaire Saint-Nicolas et y mit aux arrêts toutes les personnes qui s'y trouvèrent. Le lendemain 13 août, une sentinelle fut mise à la porte du séminaire Saint-Firmin avec la consigne de laisser entrer tout le monde et de ne laisser sortir personne. Sur les huit heures du matin du même jour on entendit des cris devant le séminaire; c'était M. Andrieux, supérieur de la communauté de Saint-Nicolas, que l'on amenait, en soutane, nue tête, au comité de la section. Environ une heure après le bruit redoubla par l'arrivée de ce que les soldats avaient trouvé de catholiques dans la maison de Saint-Nicolas. Une foule d'hommes, de femmes et d'enfants s'étaient assemblés devant le séminaire Saint-Firmin et applaudissaient aux nouveaux outrages que l'on faisait essuyer à des prêtres qui les avaient comblés de bienfaits en tous genre. Pendant l'hiver terrible de 1788, M. Bonnet qui était à Saint-Nicolas depuis plus de 30 ans et qui faisait d'abondantes aumônes aux pauvres de la paroisse fut environné dans la rue d'Arras par des femmes qui lui demandèrent la charité; il sortait de chez plusieurs malheureux à qui il avait distribué ce qu'il avait, il ne pût rien donner à ces femmes. Elles le virent prendre son mouchoir pour se moucher et lui dirent qu'il avait au moins un mouchoir qui pourrait leur servir: M. Bonnet le leur donna tout de suite (très vrai). Un homme de cette troupe demanda qu'on lui livra ces confesseurs de la foi, afin, disait-il, de les expédier tout de suite avec sa hache; les autres criaient: “A la Lanterne!”; tous furent conduits au comité de la Section, et de là au comité militaire où leur domestique leur apporta à dîner et où ils demeurèrent en attendant que messieurs de Saint-Firmin leur eussent fait préparer des logements.
Il ne faut pas oublier les secours que les bons catholiques apportèrent aux confesseurs de la foi pendant leur captivité, encore elle ne leur permettait pas de prendre dans leurs effets ceux dont ils avaient besoin.
Un garde national était venu à Saint-Firmin au moment du massacre, dans l'intention de sauver un des prisonniers; il y réussit et sauva M. Imberti, arrêté à Navarre; on dit que M. Andrieux de Saint-Nicolas a été sauvé moyennant un assignat de 50 francs donné à un sans-culotte.
Un des commissaires nommé Frinquesse, était très honnête et traitait les prisonniers avec beaucoup de charité.
On avait défendu sous peine de vie au domestique du séminaire de Saint-Firmin de porter ou d'apporter aucunes lettres ou billets aux prisonniers sans les remettre auparavant aux commissaires pour les visiter.

B

A 3 heures du même jour, 13 août, on entendit encore les hurlements du matin, mais avec bien plus de force. C'était une cinquantaine d'hommes armés de baïonnettes et de piques qui amenaient au milieu d'eux, comme un conquête superbe, tous les prêtres de la maison des Nouveaux convertis à la tête desquels étaient le supérieur, homme vénérable par son âge, ses vertus et connu sous le nom de l'auteur d'un ouvrage immortel : ”l'histoire des temps fabuleux”. Il avait sa soutane et son manteau long comme s'il eut voulu montrer à tous les spectateurs, combien il se croyait honoré d'être le chef d'une compagnie aussi respectable que celle de tous ceux qui confessent on défendent la foi de J. C.
Avec M. Guerin du Rocher, marchaient tous les prêtres de sa maison parmi lesquels se trouvaient un chanoine de Saint-Victor (M. Bernard) qui eut pu comme chanoine se soustraire à la mort glorieuse qui l'attendait. Ces deux messieurs étaient encore accompagnés des prêtres insermentés de la Pitié, du sacristain, des anciens maîtres d'école de cet hôpital, d'une sœur et de 2 servantes de la même maison. Ces trois dernières furent élargies le même jour. Les prêtres et les laïques furent réunis à MM de Saint-Nicolas et tous furent conduits dans les logements qui leur avaient été préparés par MM de Saint-Firmin. Ces logements étaient les chambres de deux galeries du bâtiment neuf. On mit à chaque bout une sentinelle armée d'une pique ou d'un fusil ayant sa baïonnette et au milieu de la galerie un troisième garde ayant le sabre nu à la main. Il était défendu de descendre d'une galerie à l'autre. Le procureur du séminaire, et ceux qui avaient l'honneur de servir ces messieurs pouvaient seuls communiquer avec eux pour leurs besoins. Aussitôt que quelqu'un avait été amené au Séminaire, le scellé était mis au logement et sur ses effets; il ne pouvait plus écrire ni recevoir de lettre qu'elle n'eut été visée par un des commissaires nommés par la section pour veiller à la garde des prisonniers. Une bouteille d'eau ne passait même pas sans le visa du commissaire. On ne parlait qu'à certaines heures aux personnes de dehors et toujours en présence d'un commissaire. Les lettres anonymes n'étaient pas remises aux prisonniers. Lorsqu'il se plaignaient de l'injustice de leur détention on leur répondait qu'on les avaient incarcérés pour les soustraire à la fureur du peuple, comme s'il eut fallu pour cela les priver de leurs effets et les traiter avec tant de rigueur dans le lieu même où on prétendait les avoir assemblés pour leur avantage.
Tandis que la section des Sans-culottes s'occupait si peu des prêtres qu'elle avait fait arrêter, elle redoubla ses soins pour découvrir ceux qui lui avait échappé. Le jour, la nuit, pendant les temps les plus affreux, ses commissaire couraient les rues, cernaient et fouillaient les maisons pour en arracher les prêtres qu'ils espéraient y trouver; ils allèrent jusqu'à trois fois dans une maison de la rue des Fossés Saint-Victor dans l'espérance d'y trouver M. Bonnet de la paroisse Saint-Nicolas.
Aussitôt qu'ils en avaient arrêté quelques uns, ils les amenaient sans pitié et les incarcéraient sans s'embarrasser s'ils trouveraient ou non les secours que leur âge, leurs infirmités pouvaient exiger. On a vu, le croirait-on, un prêtre constitutionnel M. Capin, professeur émérite de philosophie, monter la garde aux portes du séminaire, et y observer très scrupuleusement la consigne qui lui avait été donnée contre ceux qui y étaient renfermés pour ne pas avoir voulu imiter son apostasie. Cette conduite de la section dura pendant trois semaines, c. à. d. depuis le 13 août jusqu'au 3 septembre suivant.
Le dimanche matin 2 septembre, on parlait dans tout Paris d'un grand massacre qui devait avoir lieu le même jour. Ceux qui devaient en être l'objet étaient les seuls qui l'ignorassent. Le décret de leur déportation affiché dans les rues de la capitale les consolait; ils ne soupçonnaient pas que leur mort fut aussi prochaine. Cependant M. Henriot, commandant du bataillon des Sans-Culottes, leur avait dit deux fois avec un ton féroce qu'ils étaient des scélérats et qu'ils périraient tous. Mais la publicité qu'il avait mise à leur tenir ce propos sanguinaire leur avait fait croire qu'on ne voulait que les effrayer. A 8 heures du soir du même jour, le Procureur du Séminaire, qui avait une carte pour aller dans la cuisine, fut arrêté en y allant par un garçon boucher qu'il ne connaissait que pour l'avoir vu et dont le maître ne fournissait pas le séminaire. Cet honnête homme prit le procureur par la main et lui dit en versant des larmes : “Mon cher ami, sauvez vous: on doit vous égorger tous ce soir; mon maître pleure chez lui sur votre sort. Il n'a pas osé venir jusqu'ici pour vous en informer". Le Procureur qui ne pouvait croire à une atrocité semblable, et qui craignait qu'on ne lui tendit un piège, alla sur le champ faire part au Supérieur de ce que lui avait dit le garçon boucher; il répondit, comme le Procureur, que ce n'était pas possible, il ajouta qu'il fallait envoyer le domestique s'informer à la Section, qui était alors assemblée à Saint-Victor, s'il y avait à craindre pour le Séminaire. Le Procureur retourna à la cuisine, fit la commission dont il était chargé, entra à l'office ou la dépense et y retrouva le garçon boucher qui se saisit une seconde fois de lui et qui lui renouvela ses instances pour sortir, en lui ajoutant que les prisonniers des Carmes étaient déjà égorgés; qu'on allait venir au Séminaire et que dans un quart d'heure, il ne serait plus temps de sortir. Au même instant arrivent deux autres jeunes gens dont un armé de son fusil avec sa baïonnette et qui tinrent le même langage au procureur. Celui-ci leur dit: "Et le corps de garde qui est à l'entrée du séminaire, le comptez-vous pour rien? Est-ce qu'il ne nous défendra pas?" Un des trois répondit: "Il va venir 4000 brigands sur vous, comment voulez vous que le corps de garde leur résiste? D'ailleurs, ne comptez pas sur le corps de garde, plusieurs des gardes seront contre vous". Le Procureur effrayé de ces propos, remonte chez le supérieur à qui il fait part de son entretien avec ses libérateurs; il ajoute que l'on n'a aucune nouvelle de la Section et que le boucher le presse vivement de s'en aller. Le Supérieur fait alors ses dispositions pour sortir.
Le Procureur porte à un des prisonniers du bâtiment vieux son chapeau qu'il avait laissé dans une chambre du bâtiment neuf, descend une troisième fois à la cuisine où il retrouve ses libérateurs. Le boucher le saisit de nouveau et lui fait promettre de sortir; les trois ensemble, lèvent les obstacles que le Procureur voyait à passer devant le corps de garde où il était connu; il s'avance, il passe au milieu des Sans-Culottes qui arrivaient au Corps de Garde. C'était pour des patrouilles de nuit. Le voilà dans la rue, il prend le boucher par le bras; celui-ci lui offre son lit; le Procureur lui met un louis d'or dans la main, le boucher le refuse, saute au cou du Procureur en pleurant et en disant qu'il ne veut rien et qu'il est trop heureux de lui avoir sauvé la vie. Le Procureur l'embrasse, le remercie et le prie de courir au Séminaire avertir ses confrères de sa fuite et des motifs qui l'ont forcé de fuir.
L'Assemblée nationale, qui était alors permanente, avait pendant la nuit des massacres 30 de ses membres au manège. Une députation de la Commune vint leur dire que le peuple massacrait dans les prisons; un des 30, évêque constitutionnel, s'éleva contre ces atrocités, mais il fut forcé de se taire. Une seconde députation vint et demanda, comme la première, que l'Assemblée prit les moyens d'arrêter les massacres, un des 30 (laïc) prit la parole, un garde national le saisit et le traînait hors de la salle pour le massacrer lui-même; les autres l'arrachèrent de ses mains et une voix se fit entendre en disant : "Le peuple s'est levé pour se venger, il cessera quand il sera satisfait...." Note certaine.

NOTA : J'ai oui publier dans le faubourg Saint-Germain que ceux qui avaient des parents ou des connaissances parmi les prêtres égorgés à l'Abbaye ou aux Carmes, pouvaient aller les reconnaître. Il était 8 h 1/2 du soir le même jour 2 septembre 1792. On pouvait donc prévenir les massacres du lendemain ... mais ...

C
Notes particulières sur Saint-Firmin.

    Pendant la nuit du 2 au 3 septembre, 4 personnes sur 90 environ qui étaient au Séminaire Saint-Firmin, parvinrent, les unes à sortir en sautant par dessus des murs et des toits, les autres en se cachant dans de vieux greniers où elles demeurèrent deux jours sans oser se montrer et sans aucun secours.
Le 3 à 5 heures et demie du matin, les brigands arrivèrent, ils parcoururent d'abord la maison et amenèrent avec eux tous ceux qu'ils rencontrèrent à l'exception cependant de 5 prêtres, MM. Lhomond, professeur émérite du Collège du Cardinal Lemoine, de Létang, La Fontaine, prêtre de Saint-Nicolas, Bouchard et de Moulins, prêtres de la même communauté de Saint-Nicolas qu'ils mirent sous la sauvegarde de la loi. (Preuve que tous ces massacres ont été bien médités avant leur exécution). J'ai appris à Londres qu'ils avaient été décidés le vendredi précédent au Comité de surveillance de la municipalité de Paris. Les Sans-culottes, firent sortir les martyrs dans la rue. Le peuple ne voulut point qu'on les immolât devant lui. Ils rentrèrent donc, M. François, supérieur du séminaire fut conduit au Comité où MM. les administrateurs firent tous leurs efforts pour le soustraire à la rage de ses bourreaux, mais tout fut inutile: M. François n'était pas compris dans l'exception, on le précipita par la fenêtre dans la rue où des femmes armées de massues avec lesquelles on bat le plâtre achevèrent de tuer cet homme vraiment précieux pour la religion et qui ne leur avait fait que du bien. Les autres furent égorgés dans le même instant, quelques uns furent précipités et assommés comme M. François. M. Gros, curé de la paroisse, eut la tête coupée. Pendant la nuit du massacre on offrit à M. Gros de le cacher dans un endroit au séminaire où on ne le trouverait pas. Il répondit : "Le peuple sait que je suis ici, il m'en veut  spécialement, s'il ne me trouve pas, il bouleversera la maison, ceux qui se seront cachés seront égorgés avec moi; il vaut mieux que je sois seul sacrifié et que les autres soient épargnés. M. Pottier fut horriblement massacré et prêcha ses bourreaux tant qu'il eut un souffle de vie; un des maîtres d'école de la Pitié demanda le temps de réciter un Pater, il lui fut refusé; l'abbé de Caupène, que l'on avait pris tremblant de fièvre, fut jeté par la fenêtre de sa chambre sur le pavé. A chaque victime qu'on immolait, les cris de "Vive la nation!" se faisaient entendre. Tous les martyrs furent ensuite dépouillés, jetés dans une voiture comme on jette  du bois. Des hommes étaient montés sur les cadavres qu'ils tenaient sous leurs pieds comme des tigres et les conduisaient ensuite dans les carrières toujours en criant "Vive la nation!". Après le massacre on vit des femmes arracher les yeux des martyrs avec des ciseaux .... Horreur! ... Je ne parle pas des vols commis à Saint-Firmin par les brigands.

Nota 1er : Après le massacre des prisonniers de Saint-Firmin, il a été distribué de l'argent à quelques uns des assassins comme un salaire des atrocités qu'ils avaient commises. Cet argent était distribué dans le comité de la section sur le ”bon d'un des chefs du Bataillon et on a ouî dans ce même comité une femme dire que son mari avait tué dix de ces réfractaires et qu'il méritait bien une récompense.

Nota 2ème : Pour exciter au massacre des prêtres insermentés et pour le faire regarder comme nécessaire pour le salut de ce que l'on appelle (bien faussement) vrais patriotes, on a répandu dans le peuple, même parmi certains honnêtes bourgeois, et les journalistes patriotes ont publié, que le jour du massacre, les prêtres incarcérés devaient sortir le poignard à la main, que tous les prisonniers des prisons de Paris et de Bicêtre, devaient se joindre à eux pour aller massacrer tous les amis et les défenseurs de la liberté, que les prêtres avaient distribué à tous ceux de leur parti, une image représentant un cœur couronné comme un signe auquel on reconnaîtrait les vrais aristocrates, que tous ceux qui auraient cette image la présenterait en disant ”miséricorde” et que ceux qui ne l'auraient pas, seraient égorgés sans pitié. Cette image dont il a été trouvé plein une boite dans la chambre du supérieur de Saint-Firmin, a été converti en bijoux par quelques journalistes qui ont publié qu'on avait trouvé une grande quantité de bijoux au séminaire de Saint-Firmin. Les Sans-culottes ont parsemé ces cœurs dans la rue Saint-Victor et cette trouvaille n'a pas peu contribué à les persuader que le projet de les assassiner avait réellement existé. Mais pourquoi ces cœurs? Au vrai: les catholiques de Paris et ceux des provinces croyaient depuis longtemps que le Roi pour obtenir sa délivrance et celle de sa famille, avait fait vœu de demander au Pape, lorsque les circonstances le permettraient, qu'il voulût bien instituer en fête solennelle pour tout son royaume la fête des Sacrés Cœurs de Jésus et de Marie. C'est d'après cette opinion appuyée, disait-on, du témoignage de Madame Elisabeth, que tous les amis du Roi, par conséquent tous les vrais catholiques portaient sur eux une image du Sacré-Cœur qui leur était donnée par les prêtres les plus occupés dans le ministère et ces prêtres les recevaient de certaines âmes pieuses qui employaient leur temps et une partie de leurs revenus à acheter l'étoffe de soie et le couleurs nécessaires pour faire ces petites images.

Nota 3ème : Les prêtres renfermés à la Mairie furent transférés à l'Abbaye avant le jour du massacre et y furent égorgés.

Nota 4ème : Manuel, procureur de la Commune, alla le dimanche matin, 2 septembre, aux Carmes où étaient plus de cent cinquante prisonniers parmi lesquels se trouvaient M. du Lau archevêque d'Arles, MM. de La Rochefoucault évêques de Beauvais et de Saintes; il parut prendre beaucoup d'intérêt à la situation de ces messieurs. Il leur dit qu'il y avait des coupables parmi eux, mais qu'il n'était pas juste que les innocents périssent avec les coupables. Il termina sa lamentation hypocrite en leur promettant, sur sa parole d'honneur, que le lendemain ils n'y seraient plus; ils furent massacrés le même jour sur les 4 heures du soir.

Lignes barrées : - L'écrivain n'étant pas  sûr que Manuel fut coupable a barré ces lignes. Cachet de l'Ecole de Ste Geneviève -

Nota 5ème : Le même Manuel avait remis le même jour dans la matinée, au domestique de Saint-Firmin un exemplaire du décret de Déportation en témoin ...)


Nota 6ème : Le samedi matin, 1er septembre, un commis de la municipalité fut envoyé au séminaire Saint-Firmin pour y prendre les noms de tous les prisonniers. On avait déjà quelques dessein sur eux.



ADDITIONS
au Mémoire concernant le massacre du 3 septembre 1792 au séminaire de Saint-Firmin de Paris


1er -  M. Louis Joseph François, supérieur du dit séminaire; il était âgé de 42 ans, né à Busigny dans le diocèse de Cambrai. Il était entré fort jeune dans la Congrégation de la mission et avait montré dès ses plus tendres années une grande ardeur et des talents rares pour la vraie éloquence. Il avait fait ses humanités au Collège du Cateau-Cambrésis sous le père Descelliers, jésuite. Avant la révolution française, M. François n'était connu que dans certains diocèses où il avait donné plusieurs fois la retraite aux ecclésiastiques. Les évêques de ces Diocèses l'honoraient d'une estime particulière, surtout M. de Baral, évêque de Troyes, et M. de Lubersac évêque de Chartres. M de Lubersac l'avait apprécié dans la Royale maison de Saint-Cyr où il l'avait ouî prononcer l'éloge funèbre de Madame de Maintenon. Son estime pour M. François l'avait porté à lui donner dans ces derniers temps des lettres de grand vicaire pour son diocèse où M. François a travaillé avec un zèle infatigable jusqu'au moment de sa détention, c'est-à-dire jusqu'au 13 août 1792. M. François a été un des plus ardents et des meilleurs défenseurs de la religion catholique, apostolique et romaine contre le serment exigé des prêtres par l'assemblée nationale de France et contre les écrits des partisan de ce serment. “Mon apologie”; "La défense de mon apologie contre Mr Henry Grégoire évêque constitutionnel du département de la Loire et Cher”; "Point de démission”; "Il est encore temps”; "Réfutation de M. Gracien”; enfin "L'apologie du veto apposé par le roy au décret de déportation contre les prêtres” Tels sont les ouvrages de M. François contre le serment (faut-il dire que M. François avait deux frères Lazaristes et une sœur de la charité): M. François pendant sa détention était occupé à confesser et à consoler ses compagnons, à leur procurer ce que leurs moyens ne leur permettaient pas d'avoir. Il avait fait lui-même une retraite et une confession générale pendant sa détention.


2ème : M. Jean Antoine Joseph de Vilette, chevalier de Saint-Louis, ancien capitaine commandant au Régiment de Barrois infanterie, âgé de 61 ans dont il avait passé 44 au service du roy. Il était né au Cateau-Cambrésis dans le diocèse de Cambrai. Sa piété solide, douce, l'avait fait aimer et respecter de tous ses compagnons d'armes. Un zèle ardent pour la discipline militaire accompagné d'une justice incorruptible lui avait gagné la vénération et l'amour de ses soldats. Il était parent de M. Cousin, prédécesseur de M. François dans la supériorité du séminaire Saint-Firmin. M. de Vilette avait quitté le service depuis environ 6 ans, sous le ministère du prince de Montbarey. Pendant trente ans auparavant sa retraite le pieux capitaine passait le temps de ses semestres au séminaire de Saint-Firmin où il trouvait et dans Paris des aliments à sa piété, quoiqu'il eut son bien et sa famille au Cateau-Cambrésis. Lorsqu'il eut quitté le service, il se fixa à Saint-Firmin dans l'espérance d'y vivre et d'y mourir saintement. M. Cousin étant mort en 1788, M François, son successeur, pria M. de Vilette de garder son appartement à Saint-Firmin et depuis il ne le nommait que la ”Bénédiction de la maison”. Il avait partagé son temps et réglé toutes ses démarches de manière que hors le repos qu'il prenait au séminaire tout était employé à des exercices de piété. Il ne manquait jamais d'entendre la messe; il communiait presque tous les jours; il avait tellement étudié ce qui se faisait dans les églises de Paris, que chaque jour il assistait à un sermon ou un salut. Il était de toutes les bonnes œuvres et tout ce qu'il y avait de pieux dans Paris le connaissait: M. de Vilette invariablement attaché à la Religion catholique, avait imité de même la conduite du corps épiscopal dans les affaires présentes. Lorsqu'il fut arrêté au séminaire Saint-Firmin, on lui représenta qu'étant laïque il pourrait facilement obtenir sa liberté; il répondit: "Hé! Je m'en garderai bien; je suis trop heureux d'être ici." Pendant les 3 semaines de sa détention, il était plus longtemps à l'église que dans sa  chambre. Il communiait tous les jours. Tendrement attaché à son Roi, il gémissait sur son malheureux sort et sur celui de sa famille, il priait et faisait prier pour lui.

3ème : M. l'abbé Ahuy, du Collège du Cardinal Lemoine, de l'Académie des sciences, connu par son talent particulier pour la minéralogie, plus connu par ses éminentes vertus surtout par sa douceur et sa modestie. Chargé en ce moment d'un travail précieux, celui de l'uniformisation des poids et des mesures pour toute la France, M. Ahuy avait été amené au séminaire Saint-Firmin avec trois autres ecclésiastiques de ce Collège (MM. Lhomond, Schmitz, curé, et Henoque professeur, ce dernier était poitrinaire et avait la voix éteinte) sans se plaindre et sans dire qu'il était de l'Académie des sciences etc. Le département de Paris ayant appris la détention de M. Ahuy, députa M. Touin, membre du directoire pour aller à la Section des Sans-culottes réclamer cet homme aussi précieux à l'Etat qu'il l'était à la Religion. M. Thouin trouva M. Ahuy dans sa chambre, lui reprocha honnêtement et amicalement de n'avoir pas instruit l'Académie de sa détention et lui offrit de sortir du séminaire à l'instant. M. Ahuy remercia M. Thouin et le département de l'intérêt qu'ils prenaient à lui et ajouta qu'il était trop heureux de partager la glorieuse captivité de ses compagnons, qu'ils demandait qu'on le laissât à Saint-Firmin jusqu'au lendemain jour de l'Assomption et qu'alors il profiterait de la liberté qu'on lui accordait. Il sortit en effet après avoir entendu la messe.

4ème : Un des confrères de M. François, M. Gaumer (M. Gaumer est à Londres ), averti que les massacreurs entraient courut pour en prévenir M. François et un autre de ses confrères; les Sans-culottes l'ayant aperçu coururent de même pour le tuer, M. Gaumer s'élança, franchit une petite cour, sauta sur un toit voisin où on lui tira deux coups de fusils dont un perça la forme de son chapeau, qu'il jeta à bas; M. Gaumer ramassa son chapeau, passa sur une grille hérissée de pointes très aiguës à laquelle il laissa un pan de son habit, traversa les bâtiments et la cour du collège Cardinal-Lemoine dans laquelle étaient des hommes armés et échappa ainsi au massacre.

5ème : Un autre des confrères de M. François (M. de Langres) se sauva au moment du massacre, se démit le pied en escaladant un mur et fut heureusement recueilli par un honnête homme qui lui donna un lit.
Un garde national vint à Saint-Firmin, dans l'intention de sauver le premier prêtre qu'il trouverait. Il rencontra M; Imberty qu'il sauva en effet.

6ème : Pendant le repas des prisonniers, tantôt on ouvrait la porte de la galerie où ils mangeaient et on leur criait: "Voilà la table de Coblentz ! " tantôt on les regardait par la fenêtre du réfectoire qui donnait sur la Galerie.

7ème : Deux chanoines de Sainte-Geneviève, M. Daval et Claude Pons avaient été amenés à Saint-Firmin où ils ont été massacrés, pour avoir refusé de faire le serment de la Liberté et de l'Egalité à la Section du Panthéon sur laquelle on les avait arrêtés et d'où on les avait envoyés à Saint-Firmin. Ils étaient âgés tous les deux et un surtout avait de grandes infirmités.

8ème : Comme la Section ne donnait absolument rien aux prisonniers, ceux d'entre nous qui étaient riches fournissaient des secours à ceux qui étaient pauvres, et pour leur éviter la peine de découvrir leur misère, ils avaient soin de les remettre au Supérieur ou au Procureur du séminaire pour les distribuer (MM Second, L'Homond, Ménot de Pansemont, Marmottant de Compain étaient de ce nombre). Des prêtres venaient déguisés apporter des secours. Les fidèles apportaient jusqu'à du tabac et attendaient pendant 4 ou 5 heures pour obtenir la permission de parler aux prisonnier.