RELATION DE JOURGNIAC DE SAINT MEDARD
Publié par Jourgniac de Saint-Méard dans "Mémoires sur les journées de septembre 1792"  (1823-1881) pages 53 à 54


ancien officier, incarcéré à l'Abbaye le 22 août 1792.

Le dimanche 2 septembre, notre guichetier servit notre dîner plus tôt que de coutume ; son air effaré, ses yeux hagards nous firent présager quelque chose de sinistre........................
    A deux heures et demie, le bruit effroyable que faisait le peuple fut épouvantablement augmenté par celui des tambours qui battaient la générale, par les trois coups de canon d'alarme et par le tocsin qu'on sonnait de toutes part.
    Dans ces mouvements d'effroi, nous vîmes passer trois voitures escortées  par une foule innombrable de femmes et d'hommes furieux, qui criaient : "A la Force, à la Force !" On les conduisit au cloître de l'Abbaye, dont on avait fait des prisons pour les prêtres. Un instant après, nous entendîmes dire qu'on venait de massacrer tous les évêques et autres ecclésiastiques qui, disait-on, avaient été parqués en cet endroit.
    Après qu'on eût massacré tous les prêtres enfermés dans le cloître, on commença le massacre des prisonniers, par tuer cent cinquante-six soldats suisses, enfermés à l'Abbaye, dont pas un n'a été sauvé.
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    Dans l'intervalle d'un massacre à l'autre nous entendions dire sous nos fenêtres: "Il ne faut pas qu'il en échappe un seul ; il faut les tuer tous, et surtout ceux qui sont dans la chapelle où il n'y a que des conspirateurs".
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Le lundi 3  à dix heures, l'abbé Lenfant, confesseur du roi et l'abbé de Chapt-Rastignac, parurent dans la tribune de la chapelle qui nous servait de prison, et dans laquelle ils étaient entrés par une porte qui donnait sur l'escalier. Ils nous annoncèrent que notre dernière heure approchait, et nous invitèrent à nous recueillir pour recevoir leur bénédiction. Un mouvement électrique, qu'on ne peut définir, nous précipita à genoux ; et les mains jointes, nous la reçûmes. Ce moment quoique consolant, fut un des plus.........! que nous ayons éprouvés. A la veille de paraître devant l'Etre Suprême, agenouillés devant deux de ses ministres, nous présentions un spectacle indéfinissable. L'âge de ces deux vieillards, leur position au dessus de nous, la mort planant sur nos têtes et nous environnant de toutes parts : tout répandait sur cette cérémonie une teinte auguste et lugubre ; elle nous rapprochait de la divinité ; elle nous rendait le courage ; tout raisonnement était suspendu, et le plus froid et le plus incrédule en reçut autant d'impression que le plus ardent et le plus sensible. Une demi-heure après ces deux prêtres furent massacrés, et nous entendîmes leurs cris !