RELATIONS CONCERNANT PRISON DE LA FORCE

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 “Mémoires” Tome II  


A quatre heures de l'après-midi les guichetiers font l'appel des prisonniers, sous prétexte de se faire inscrire pour aller combattre à la frontière. Cet appel dura jusqu'au soir et on nous dit que les prisonniers qui ne rentraient plus avaient été transférés dans une autre maison d'arrêt

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MATON de VARENNE
“Histoire des événements qui ont eut lieu en France ... 1792”


A huit heures les portes de notre quartier furent fermées, suivant l'usage. Un dîner rendu très léger par la disette des vivres, avait laissé l'appétit à chacun de nous tous; un morceau de pain fort court, que nous partageâmes entre sept dans notre chambre, avec un verre de vin resté dans une bouteille, furent toute notre ressource .... Jetés habillés sur nos lits, nous cherchions en vain le sommeil.
Sur les trois heures du matin apparaissent deux guichetiers portant une torche enflammée et précédant deux militaires, dont l'un disait: "Depuis deux heures que j'abat des membres je suis plus fatigué qu'un maçon qui bat le plâtre depuis deux jours!"
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 Peu après l'assassinat de la princesse de Lamballe la même prison offrit une scène semblable à celle des Abbés Lenfant et de Rastignac, bénissant leurs compagnons de captivité. Les abbés Bertrand de Moleville, frère de l'ancien ministre, Bottex et de Lagardette, se lurent les prières des agonisants, s'exhortèrent à pardonner à leurs bourreaux, prièrent pour eux et se donnèrent l'absolution. Le notaire Guillaume l'aîné et un garde national, convertis tout à coup, quoique étant du nombre de ces misérables, assistaient à cette scène lugubre, à genoux aux pieds des trois prêtres et partagèrent le bienfait de la réconciliation.

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ABBE FLAUST

Summarium additionale in Martyrs de septembre 1792 Dossier sur l'introduction de la cour Rome 1915 tome 1 pages 112-113)
Extraits de "Histoire du clergé pendant la révolution Française" par l'abbé Barruel  Londres 1794 (pages 209-308)
M. Flaust, curé de Maisons près Paris avait été incarcéré à la Force. Pendant sa détention il eut de longues conversations (citées par l'abbé Barruel) avec l'Abbé Bottex sur la question du serment de Liberté Egalité. Il penchait à regarder ce serment comme licite, ne touchant pas aux dogmes ou mentionnant la nouvelle religion constitutionnelle. M. Bottex, au contraire, estimait qu'il vaut mieux s'exposer à la mort que prononcer un serment douteux
 
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    M. Flaust fut encore absous. Il restait la terrible cérémonie du serment de la Liberté et de l'Egalité: c'est de lui-même que j'en ai appris les circonstances. C'est de son mémoire que je vais recueillir l'impression qu'elle firent sur lui:
    "Au moment où suivant pas à pas l'ordonnateur de l'effroyable tragédie, j'arrivai sur le seuil de ce fatal guichet, quelle horreur me saisit! J'avais bien entendu parler de deux armées de massacreurs; leurs imprécations, leurs blasphèmes, leurs cris barbares perçaient bien dans ma prison depuis vingt-six heures; mais alors ce fut sous mes yeux mêmes que j'eus ces deux armées d'assassins.
    Dans l'horreur de la nuit, leurs longs cimeterres étincelaient à la lueur des réverbères, des flambeaux et des torches agitées par deux cents Euménides. C'était à mes oreilles que tous ces cannibales prolongeaient leurs sinistres accents de "Vive la Nation! " Je marchais sur un pavé recouvert d'une fange pétrie et fumante du sang de plus de quatre cents prisonniers, que j'avais ou vus ou entendus traîner au supplice. J'arrivais au milieu de cette arène, lorsqu'un des assassins quittant la ligne m'aborde pour me dire: "Vive la Nation! Mon frère; vous êtes mon camarade et un bon citoyen". Quelle fraternité que celle là! et quel baiser surtout que celui qu'il me donne, en collant sur mes joues son visage, que teignent des gouttes toutes fraîches encore du sang qui a jailli du cœur de ses victimes.
    J'étais comme stupide et hébété d'horreur. Tout-à-coup, mes conducteurs s'arrêtent; je me trouve devant ce tas de victimes, que recouvre le tronc sans tête de Madame de Lamballe, la poitrine couchée et les bras étendus sur ce monceau de morts; tout le bas de ce cadavre penché de mon coté, la plante de ses pieds touchant presque mes pieds. Vingt six heures de trouble, de frayeur, d'angoisses, d'horreurs, et ce spectacle sous mes yeux, pour couronner mon agonie! Que pouvait-il encore me rester de l'homme, si ce n'est cet instinct qui le porte à sauver comme il pourra les restes de sa vie !
    Le serment de la Liberté et de l'Egalité avait fui de ma pensée. C'est alors que me faisant lever la main sur ces cadavres, le bourreau conducteur prononce et m'ordonne de prononcer avec lui ce serment. Je veux me recueillir, avec toute la vitesse de l'éclair, je rappelle ces raisons que j'avais alléguées, pour me persuader que je pouvais jurer. Je l'avoue, pas une de celles qui pouvaient me dissuader ne se présente à moi. Je crains en refusant d'être martyr, non de la Foi, mais d'une simple opinion. J'hésite cependant; je sais qu'alors les glaives s'avancèrent, je ne m'en aperçus pas; je jurai; je ne sais si ce fut machinalement ou comment. La foule s'ouvre; on me permet de me retirer. Ma raison et la réflexion arrivent. Qu'ai-je fait! O mon Dieu! Si ce serment est contre votre loi, je m'en repens; je cours le rétracter. - Mais le dois-je? Et serai-je prudent? Et cette rétractation suffit-elle pour faire de ma cause celle d'un martyr? Ô Dieu! Que n'ai-je été conduit, et que ne suis-je mort aux Carmes avec mes frères. Ma cause n'aurait pas été suivie de ces doutes."
    

    En se livrant à ces réflexions, et presque à ces remords M. Flaust s'apercevait à peine que quatre Brigands l'avaient suivi et l'invitaient à boire pour se réjouir avec lui de sa délivrance.